Vrais "produits de banlieue", les tee-shirts provocateurs s'arrachent dans les cités

0 21.11.2011 13:56

Etre un "produit de banlieue" se revendique en lettres dorées et brodées sur la poitrine. Les ados s'arrachent les tee-shirts sérigraphiés de marques comme Produit de banlieue, Ker and Cy, Com8 ou BAK 93, cette dernière ayant fait l'objet de plaintes de la police pour "outrage".Depuis dix ans, ces vêtements "de masse" explosent. Pour les jeunes stylistes de banlieue, ils sont le moyen d'assumer leur réputation et leur origine et de les revendiquer. Pour les rappeurs, nombreux à sortir leur ligne, ils sont un moyen de promotion dans les quartiers.Devenus symboles de la réussite des jeunes issus de l'immigration, les créateurs comme Mohamed Dia, Malamine Koné (Airness) ou le rappeur Joey Starr (Com8) en sont les représentants les plus célèbres. Et les plus riches.Mais d'autres traînent une réputation de "voyous" avec des messages revendicatifs, souvent provocateurs, tels "Hall stars", "les cités d'or", "capitale du crime" ou encore "produit de banlieue, produit inflammable"."Toutes les modes de rue sont le signe d'une rébellion, une provocation, analyse Frédéric Monneyron, sociologue de la mode et auteur de "La frivolité essentielle" aux éditions PUF. Chaque jeune veut vivre différemment de ses parents et ça passe, en premier, par le vêtement."Revolver, bulldog, flammes, lettres tagguées, dessins issus de la culture urbaine et du graff, couleurs dorées ou fluo sont les signes distinctifs de ces collections constituées de pantalons amples, sweat-shirts à capuche, casquettes et surtout tee-shirts.Depuis 2002, la marque BAK 93 froisse la police. Créée à La Courneuve (Seine-Saint-Denis) en 2000, elle a vendu des tee-shirts avec les mots "Brigade Anti-Keufs", "Brigade Anti-Keuf Korrompus" ou "Brigade Anti-Kärcher" et a fait l'objet de plusieurs plaintes de syndicats de police pour "outrage" et "provocation". Le parquet de Bobigny a récemment fait appel d'une relaxe dont elle avait bénéficié."Je n'ai rien contre la police nationale, mes vêtements sont juste la dénonciation d'une certaine catégorie de policiers, explique Stéphane Da Silva, qui a fait l'objet de plusieurs saisies de ses créations par la justice. C'est un moyen d'expression, le reflet de ce qui m'entoure. Là, on ne me laisse plus travailler."Pour Cyrus, co-fondateur de la marque Ker and Cy, qui développe les concepts "Mec de Paname", "Mec de Strasbourg" ou "Mec de banlieue" depuis 1999, ce "prêt-à-porter clanique" ne relève pas du "combat ou de la provocation" mais de la "fierté"."J'ai grandi à Paris, dans le XIXe, je traînais avec des gars du XVIIIe, deux arrondissements considérés comme la banlieue de Paris. J'ai eu l'idée qu'aurait pu avoir un autre, faire des tee-shirts à l'effigie de mon quartier car je suis très attaché à lui", explique-t-il."En général, on trouve ça sur internet, aux Puces de Paris, et dans quelques magasins hip-hop, poursuit Cyrus. Ce sont des vêtements qui s'achètent entre potes. Dans une certaine tranche d'âge, ça parle, c'est une façon de s'affirmer. Puis quand on vieillit, on le laisse au petit frère.""Un vêtement a toujours véhiculé une idéologie, pointe le sociologue. Ce qui peut paraître violent ou inquiétant dans l'+urbanwear+ ou le +streetwear+, c'est que cette mode tribale revendique fortement ce qui est masculin. Aux Etats-Unis, la guerre des gangs est aussi passée par le vêtement. C'est allé loin."Le 15 septembre, à Paris, un lycéen de 17 ans avait été agressé par une bande de jeunes dans une rue du XIIIe arrondissement parce qu'il avait cousu le logo du XIVe sur son sac à dos.

 

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