Victime d’un prêtre pédophile, Pierre Gouet livre son témoignage

0 21.11.2011 10:33

Pendant soixante ans, Pierre Gouet s’est tu. Une chape de silence sur une enfance douloureuse. La révélation au printemps dernier d’affaires de pédophilie au sein de l’Eglise a réveillé des souffrances enfouies.« J’entendais évoquer des scandales en Irlande, en Belgique, en Allemagne… et rien sur la France. Alors j’ai décidé de parler ». Désormais installé à Paris, il s’est confié à Thomas Cantaloube, journaliste à Mediapart qui publie hier et aujourd’hui son long témoignage en deux volets sur le site Internet.Contacté par « Le Maine Libre », Pierre Gouet raconte l’enfance blessée, la souffrance de la victime face à celui qu’il dénonce comme son agresseur, le père Georges Blin, mais aussi face au silence de son oncle et tuteur Julien Gouet, alors vicaire général du cardinal Grente.A 7 ans et demi, à la mort de son père, Pierre, membre d’une fratrie de huit enfants, est envoyé par son oncle en pension au Mans, à La Psallette de la cathédrale. Nous sommes en 1951. L’enfant de paysan apprend la différence entre les riches et les pauvres à l’heure des repas au réfectoire. L’année suivante, le père Blin jette son dévolu sur le gamin. Au prétexte de lui enseigner la messe en latin, l’homme d’église dévoyé se livre à des actes sexuels qui aujourd’hui relèveraient d’une cour d’assises. « Se taire représentait une douleur terrible. Je pressentais qu’on me prendrait pour un affabulateur ».Pourtant un jour, l’enfant craque et se confie à son oncle et tuteur. « Le déni de sa part a été le plus épouvantable à vivre pour un enfant de 7 ans. Pourtant il a fait en sorte que le père Blin quitte immédiatement La Psallette ». Ostracisé, le prêtre est envoyé à l’abbaye de Clairvaux puis revient dans la Sarthe en 1966 avant de mourir l’année suivante.« Il m’est impossible de pardonner »« Cette histoire a bousillé mon parcours scolaire et une partie de mon existence. Aujourd’hui encore, il m’est impossible de pardonner. Mais dans la vie, il faut avancer. Ce passé m’a probablement encouragé à militer. Je n’ai jamais fait mystère de mon homosexualité par exemple, y compris dans mon milieu professionnel à Air Inter. Au Mans, en 1996, j’ai contribué à la naissance de l’association Homogêne. L’année suivante, avec mon compagnon, nous avons été le premier couple d’hommes marié civilement par Robert Jarry ».La diffusion du témoignage de Pierre Gouet sur Mediapart a dès le premier jour suscité plusieurs réactions de soutien. « Pourtant, j’aurais aimé que d’autres élèves du père Blin que j’ai réussi à retrouver me répondent. Comment font-ils aujourd’hui pour vivre avec ce secret ? » Pierre Gouet sait aussi qu’il jette un pavé dans la mare auprès de sa propre famille. « J’ai un frère qui est toujours curé à Malicorne. Ça ne va pas lui plaire… »Frédérique BRÉHAUTSuivez l'actualité de la Sarthe et du Mans

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