Tunisie: manifestation contre le gouvernement, messe pour le prêtre égorgé

0 21.11.2011 10:07

Des milliers de Tunisiens ont manifesté dimanche à Tunis pour réclamer la démission du gouvernement de transition de Mohamed Ghannouchi, après une nouvelle semaine d'instabilité marquée par le meurtre d'un prêtre polonais à la mémoire duquel une messe a été célébrée. Au cri de "Gouvernement de Ghannouchi Dégage", quelque 4.000 personnes ont manifesté devant la Kasbah, siège de la Primature, reprenant le slogan de la révolution qui a provoqué la chute de l'ancien régime, "Ben Ali Dégage".Dans une ambiance bon enfant, surveillés de loin par l'armée et la police qui avaient déployé deux blindés et des hélicoptères, hommes, femmes, enfants ont réclamé le changement de la plupart des institutions."Démission du Premier ministre, Assemblée constituante, Indépendance de la justice", "Dissolution du Parlement", "Dissolution des commissions" (l'une des commissions est chargée de la réforme électorale), pouvait-on lire sur des pancartes."Ils nous prennent pour des dupes. Tous les membres du Parlement et des conseils de région ont été élus par l'ancien régime, la Constitution a été réformée par l'ancien régime", a déclaré Sami Ben Moumen, médecin de 30 ans.Mohamed Ghannouchi a été le Premier ministre de Zine El Abidine Ben Ali de 1999 jusqu'à sa chute le 14 janvier.Après la formation d'un gouvernement d'union nationale le 17 janvier, dans lequel l'équipe sortante avait conservé la majorité des postes, et face aux manifestations, M. Ghannouchi avait finalement remanié le gouvernement, épuré des principaux caciques de l'ancien régime, le 27 janvier.Depuis, des élections libres ont été annoncées pour dans six mois mais le pouvoir de transition n'a pas fixé de date ni donné de précisions sur le type de scrutins qu'il comptait convoquer.Pour tenter d'apaiser les tensions sociales, le gouvernement a annoncé vendredi de premières aides sociales d'urgence. Et pour pallier le vide sécuritaire, des réservistes ont rejoint l'armée mercredi.Mais l'insécurité s'est à nouveau illustrée vendredi avec la découverte d'un prêtre polonais Marek Rybinski, 34 ans, retrouvé égorgé dans le hangar d'une école privée à Manouba (près de Tunis) où il était responsable financier.Environ 200 Tunisiens, Polonais, Africains ont assisté dimanche à une messe célébrée à La Goulette (près de Tunis) à la mémoire du prêtre catholique, en présence de l'ambassadeur de Pologne en Tunisie Krzysztof Olendzki et de l'évêque de Tunis Lahham Maroun."Il nous manquera beaucoup", a déclaré le père français Jordi Llambrich à l'assistance qui avait pu voir le visage de Marek Rybinski, jeune homme moderne en survêtement avec capuche, sur une photo dressée à l'entrée de l'église Saint-Fidèle Saint-Augustin de cette ville-port connue pour la coexistence entre les communautés.Dans la matinée, l'évêque de Tunis Lahham Maroun avait rencontré le Premier ministre qui l'avait "assuré de son engagement personnel ainsi que de celui de son gouvernement à déterminer rapidement les causes" du meurtre, selon l'ecclésiastique.Les autorités ont attribué le meurtre de Marek Rybinski à des "extrémistes (...) compte tenu de la façon dont il a été assassiné", laissant entendre qu'il s'agissait d'islamistes. Mais de nombreuses personnes ont estimé que cela pouvait aussi être le fait de personnes restées fidèles à Ben Ali.Vendredi, des islamistes radicaux avaient tenté de mettre le feu à une rue de prostituées, provoquant le lendemain une manifestation pour défendre une "Tunisie laïque".Le gouvernement doit aussi toujours faire face au départ d'immigrés clandestins vers l'Europe.Une quarantaine ont encore été interceptés cette semaine (13 dimanche) au large de l'île italienne de Lampedusa. Près de 5.500 les avaient précédés la semaine dernière créant des tensions entre Rome et Tunis.A la frontière entre la Tunisie et la Libye, des Tunisiens ont caillassé dimanche une dizaine de voitures de Libyens.

 

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