"Tu l'as vu toi Sarko ?": La Courneuve décontenancée par la visite de Sarkozy

0 21.11.2011 13:36

"Tu l'as vu toi Sarko? T'étais au courant qu'il venait ?" : des habitants de la cité des 4.000 à La Courneuve partageaient leur étonnement jeudi et s'interrogeaient sur le sens de la visite surprise la nuit précédente du président du République."J'étais chez un copain qui squatte le 15e étage et on a vu plein de voitures arriver, des flics partout avec des armes, c'était impressionnant", raconte Ladjia au pied de la barre Balzac, où se sont rendus mercredi soir - sans aucun journaliste - le chef de l'Etat et son ministre de l'Intérieur, Brice Hortefeux. Ladjia n'a rien vu de plus."Je ne sais pas pourquoi (le président) est venu. Si c'est contre les trafiquants, c'est vrai, il faut être dur avec eux", dit Ladjia, qui préfère ne pas donner son nom.La barre Balzac, qui n'est plus habitée que par des squatteurs, à quelques mois de sa démolition, est connue pour être un repaire pour les trafics de drogue. Un homme de 28 ans y a été tué par balles fin mai.Selon un proche du président, M. Sarkozy a parlé avec des jeunes dans des halls d'immeuble mercredi soir. Mais le lendemain, les jeunes qui +zonent+ devant ces halls de Balzac observent de loin les quelques journalistes qui s'approchent, pas du tout disposés à leur parler.En s'éloignant de la barre Balzac, les langues se délient un peu. "Ah oui, Sarkozy est venu ? S'il passe comme un voleur, il risque pas de rencontrer grand monde. D'ailleurs, heureusement que je ne l'ai pas vu, sinon...", lance un sexagénaire.Certains habitants se disent "apolitiques", d'autres affirment qu'ils n'ont "pas d'avis".Mais lors de la visite présidentielle, un homme de 21 ans a été interpellé pour avoir injurié le chef de l'Etat. Le jeune homme a été blessé lors de l'arrestation et neuf jours d'incapacité totale de travail lui ont été prescrits.Annie, qui vit depuis 1972 dans le même immeuble des quatre mille logements, est radicale : "Moi, je suis contre Sarko", lâche-t-elle. "Quand il y a un enfant qui meurt dans une cité, on ne vient pas faire sa pub", dit cette femme qui en veut encore à Nicolas Sarkozy - à l'époque ministre de l'Intérieur - pour sa visite polémique à La Courneuve il y a toute juste cinq ans. Il avait alors promis de "nettoyer" au "Kärcher" la cité, après la mort de Sidi-Ahmed, 11 ans, tué par balles alors qu'il nettoyait la voiture de son père.Le président n'était plus revenu depuis."Il vient juste allumer le feu", selon Annie, qui a vu depuis son balcon "plusieurs voitures tourner dans la nuit", mais qui a appris seulement jeudi matin à la radio les raisons de ce "défilé"."Quand on est franc, on vient la journée, pas la nuit", clame une autre femme.Le conseiller municipal de La Courneuve, Kamel Hamza (UMP) salue pour sa part "le courage" du chef de l'Etat, qui "a montré qu'il peut venir partout". "C'est normal qu'il vienne sans caméra. On ne peut pas le lui reprocher alors qu'il avait été critiqué pour ça il y a cinq ans", poursuit-il.Pour le conseiller général de La Courneuve, Stéphane Troussel (PS), M. Sarkozy "est contraint de venir au milieu de la nuit, en catimini, car à La Courneuve comme en Seine-Saint-Denis, son bilan en matière de sécurité publique et d'actions dans les quartiers populaires n'est pas glorieux"."Quel aveu d'échec !", a-t-il lancé dans un communiqué.M. Hortefeux a, lui, annoncé que la barre Balzac serait "totalement libérée" le 8 juillet de ses squatteurs.

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