TGV californien: le rôle de la SNCF pendant la Guerre à nouveau en question

0 17.11.2011 16:31

Le rôle de la SNCF dans le transport des juifs pendant la Seconde Guerre mondiale est à nouveau mis en lumière par la récente adoption d'une loi californienne la sommant de s'expliquer si elle veut exploiter le futur TGV devant relier San Francisco à Los Angeles.Une loi votée la semaine dernière par le Parlement local impose à tout candidat à un contrat dans le TGV californien d'expliquer son éventuel rôle dans le transport des prisonniers vers les camps de travail, de concentration ou d'extermination entre le 1er janvier 1942 et le 31 décembre 1944, et la façon dont il a dédommagé les victimes.Le texte, qui était défendu depuis février 2009 par le démocrate Bob Blumenfield, doit encore être signé par le gouverneur de l'Etat, Arnold Schwarzenegger avant la fin septembre. Il a été largement amendé, atténué et étendu à l'ensemble des transports de prisonniers, selon la version finale que l'AFP a consultée.La SNCF est bien entendu visée, à défaut d'être directement mentionnée dans le texte (qui concerne aussi les Allemands et les Japonais). Le député californien l'a aussi nommément citée dans des interviews."Si on ne regardait pas très sérieusement cette affaire, on ferait une grosse erreur", a indiqué à l'AFP le président de la SNCF, Guillaume Pepy."La SNCF n'a rien à cacher", a-t-il ajouté, qualifiant de "légitime" la préoccupation des autorités américaines.Rappelant que son entreprise travaillait alors sous la menace armée des nazis, M. Pepy s'est dit prêt à ouvrir les archives de l'entreprise aux Américains, précisant qu'il se tenait "à leur disposition".Les archives historiques de l'entreprise, installées au Mans en 1995, sont ouvertes aux chercheurs depuis 2000. "La SNCF a fait de très gros efforts d'ouverture", confirme l'historien Jean-Pierre Azéma, spécialiste de la période.Suite à une convention passée entre la SNCF et le CNRS, le chercheur Christian Bachelier a publié en 1996 un volumineux rapport sur l'attitude de la SNCF pendant l'occupation allemande, un travail qualifié de "très solide" par M. Azéma.Les convois, qui ont concerné quelque 75.000 juifs, ont été "formés, dirigés et conduits" par les cheminots français, indique-t-il, la SNCF ayant aussi participé en 1942 à "l'élaboration des conditions techniques de transports ferroviaires à la rafle du Vél' d'Hiv' et la livraison des juifs (...) aux autorités allemandes"."Des cheminots ont manifesté des actes de solidarité, individuels et isolés, avec les persécutés. Aucune protestation contre ces transports émanant de la SNCF ne figure ni dans les archives, ni dans les témoignages", note le rapport."C'est une histoire très, très compliquée. Il y a bien ceci et cela et non ceci ou cela", tente de résumer Jean-Pierre Azéma.Et si les convois sont partis vers les camps de la mort sans que les cheminots aient cherché à les arrêter, les mêmes cheminots ont eu, en 1944, un rôle très important dans le succès du débarquement, leurs sabotages ayant fortement ralenti la réaction allemande, souligne-t-il.Plus de 2.000 cheminots ont d'ailleurs été fusillés ou déportés, selon le rapport Bachelier."Que la SNCF ait mis ses trains au service de la déportation, ce n'est pas un scoop! On le sait depuis la déportation", renchérit l'historienne Annette Wievorka."Toute la clarté a été faite depuis les années 1990, et le gouvernement français est certainement celui qui a le plus fait pour dédommager les victimes", estime-t-elle. "Que peut-on faire de plus?.Dans l'immédiat, Guillaume Pepy a rappelé que la SNCF comptait faire "un lieu de mémoire supplémentaire" de la gare de Bobigny, d'où sont partis 22.453 prisonniers retenus à Drancy vers les camps de la mort.

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