Sur la place Tahrir, les opposants à Moubarak honorent leurs martyrs

0 21.11.2011 09:41

Prosternés sur la place Tahrir, des dizaines de milliers d'opposants au président égyptien Hosni Moubarak ont fait la prière aux morts vendredi, certains les larmes aux yeux, pour honorer leurs "martyrs" après plus d'une semaine de violences meurtrières. "Nous sommes nés libres et allons vivre libres (...). Je vous demande de patienter jusqu'à la victoire", a déclaré l'imam identifié comme Khaled al-Marakbi par les fidèles lors de la prière hebdomadaire du vendredi, la première tenue par les manifestants sur la place Tahrir.Les manifestants antigouvernementaux ont pris cette place emblématique dans le coeur du Caire au terme d'affrontements meurtriers avec la police il y a une semaine. Depuis, ils ne l'ont pas quittée.Des opposants se sont promenés cette semaine sur la place avec de grandes photos de jeunes victimes des violences, coiffées du mot arabe "chahid" - martyr en français. Dès la fin de la prière des morts, les fidèles ont commencé à scander les slogans qu'il répètent depuis des jours: "Dégage, dégage !" à l'encontre du président, "Je suis égyptien ! Je n'ai pas peur ! Je suis un lion sur la place!".Voilé serré et grandes lunettes de soleil, Inji, 34 ans, tient la main de son fils Adballah, onze ans, dans la bousculade. "Non, je n'ai pas peur d'être là avec lui. Je ne l'exposerais jamais à un vrai danger. Je sais que c'est très sûr à l'intérieur" de la place Tahrir."Je veux lui apprendre la démocratie, c'est maintenant ou jamais. Il doit voir cela, car un jour il le racontera à ses enfants. Il pourra leur dire: +J'y étais+".Des milliers de personnes, des hommes dans leur immense majorité, se pressent pour écouter et acclamer les orateurs qui se succèdent au micro d'une mauvaise sono.Mohamed al-Awaa, un islamiste modéré, fait rugir la foule de plaisir en lançant: "Nous attendons ce moment depuis trente ans, cela fait trente ans que je rêve de voir autant de monde sur cette place et le changement arriver !"Une petite estrade a été dressée, avec une autre sono, dans un autre coin de la place. Des poètes, chanteurs, musiciens s'y relaient. Cela va être le tour de Rami Essam, casquette noire sur le front et guitare dans le dos. "Je chante ici depuis cinq jours, dit-il. J'ai peur, j'ai été blessé par une pierre, mais je dois être ici. Quand je chante, cela les rend heureux, et moi aussi".Avec son groupe de rock, "Machakel" ("Problèmes"), il chante des morceaux intitulés "Le grand mulet et son fils", ou "Je suis un citoyen qui n'a aucune idée".Tous les accès de la place sont gardés par l'armée, qui effectue un premier contrôle des papiers d'identité, mais surtout par des centaines de jeunes gens qui défendent la place contre les partisans du président Moubarak, qui ont tenté à plusieurs reprises de la reprendre.Ils ont installé plusieurs rangées de barricades, fait des tas de pierres prêtes à être jetées. Coiffés de casques de chantiers, de pots de fleur en plastique, armés de bâtons et de boucliers improvisés, ils frappent sur les rideaux de fer baissés pour donner l'alerte et demander des renforts, qui se ruent à la défense de leurs positions.Plus loin, des jeunes gens ont fabriqué une catapulte qui, faisant la taille d'un homme, projette un peu au hasard des paniers de pierres.Quand un cortège de partisans du raïs égyptien arrive dans une rue adjacente, c'est le branle-bas de combat, mais le face-à-face ne dégénère pas. Les pierres restent dans les mains, on s'affronte à coup de slogans.Des centaines de manifestants pro-régime se sont rassemblés vendredi sur la place Moustafa Mahmoud, sur la rive opposée du Nil, mais il semble que les instructions qu'ils ont reçues étaient de ne pas faire irruption dans le coeur de la capitale.

 

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