Sexe, suicide et sale guerre: la rentrée littéraire broie du noir

0 21.11.2011 09:51

Chair triste , mort, guerre, crise économique, la rentrée littéraire et ses 700 romans revêtent des habits bien sombres, reflets de la morosité ambiante et d'un retour tourmenté vers le passé.Pour le grand retour de Virginie Despentes, les héroïnes en déroute d'"Apocalypse bébé" (Grasset) sont les jouets de Paris à Barcelone d'une sexualité sans joie entre hommes et femmes mais seraient presque sauvées du sordide par l'amour lesbien. Sur fond de société en déliquescence, l'auteur, qui avait publié "Baise-moi" en 1993, ajoute à cette sauce déjantée, mais roborative, un suspense policier et d'autres personnages en perdition.Thibault de Montaigu raconte lui dans "Les grands gestes la nuit" (Fayard) l'histoire d'un patron de labo pharmaceutique qui fonde dans le sud de la France un club à coke, fric et filles pour contenter sa jeune maîtresse.Dans "Odeur de sainteté" (Atelier in8), Jacques Abeille dresse le portrait d'une femme qui se convertit en même temps à la religion... et à la prostitution. Maria Luna Vera s'aventure quant à elle dans "Pute" (Buchet-Chastel) sur le terrain du travestissement avec deux amies qui plaquent tout pour devenir gigolos !Avec "Six mois, six jours" (Grasset), Karine Tuil expose son héroïne aux griffes d'un prédateur sexuel nazi tandis que Martin Provost dans "Bifteck" (Phébus) laisse à André, boucher de son état, le soin d'assurer le devoir conjugal des hommes partis au front.En cette rentrée, qui compte près de 500 nouveautés françaises, la mort rôde aussi, avec une prédilection pour le suicide. C'est le thème du huitième livre très attendu d'Olivier Adam, "Le coeur régulier" (Editions de l'Olivier). Sarah, soeur cadette de Nathan qui s'est jeté du haut d'une falaise au Japon, effectue un pélerinage lugubre dans des paysages de bambous et de cèdres pour tenter de comprendre son geste.Alexandre Lacroix revient dans "L'orfelin" (Flammarion) sur la découverte, alors qu'il était enfant, de son père pendu à une poutre. Dans "Suicide Girls" (Léo Scheer), Aymeric Patricot retrace le parcours d'un jeune prof fasciné par le suicide. Le Seuil publie également "Burqa de chair", roman posthume de Nelly Arcand qui s'est suicidée l'an dernier.Mort encore et barbarie avec "L'insomnie des étoiles" (Gallimard) de Marc Dugain, superbe roman sur le mal et la folie meurtrière, et l'un des nombreux ouvrages de la rentrée qui plongent leurs racines dans la Deuxième guerre mondiale.Pas moins de cinq romans lui sont consacrés chez Grasset, dont "L'ennemi du bien" de Stéphane Denis, sur les massacres dans les forêts lettones, ou "L'homme mouillé" d'Antoine Senanque, retraçant les mois qui ont précédé le conflit en Hongrie.L'héroïne du "Troisième jour" (Denoël) de Chochana Boukhobza décide elle, 45 ans après, de tuer son bourreau nazi et "Otage" (Grasset) d'Elie Weisel est empreint de ce passé maudit.L'entreprise malade de la crise inspire aussi les auteurs comme Nathalie Kuperman qui dépeint dans "Nous étions des êtres vivants" (Gallimard) la restructuration brutale d'un groupe de presse ou Philippe Claudel qui, dans "L'enquête" (Stock), s'inspire d'une vague de suicides dans une grande entreprise. Un patron voyou est au coeur de "Plan social" (Le Cherche Midi) de François Marchand. Dans une autre veine, "Journal intime d'une prédatrice" de Philippe Vasset (Fayard) décrit la conquête cynique du pôle Nord.

 

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