Sa terrible odyssée de la Tunisie au Mans

0 21.11.2011 09:37

Hedy (prénom d'emprunt) vient de Maharès, au centre Est de la Tunisie. Il est le petit-fils d’un ancien combattant pour la France qui a été blessé et amputé d'une jambe pendant la Seconde guerre mondiale. Après la Révolution, il a fait la traversée en bateau jusqu’à Lampedusa. Il nous raconte son long et douloureux chemin jusqu’au Mans. « En Tunisie, c’est vraiment difficile de trouver du travail, on se sent sclérosé. La révolution a fait l’effet d’une détonation. Le 13 janvier, il y a eu une grande manifestation. On s’est fait tabasser par la police. Depuis, j’ai un problème à la cuisse gauche, je boite. L’idée de partir s’est concrétisée dans mon esprit.Une première tentative ratéeOn a bradé un petit terrain pour avoir un peu d’argent et on s’est regroupé à 54 personnes pour acheter un bateau. Il a coûté 17 000 €, on a embarqué à minuit, pour ne pas se faire repérer, on avait peur. Après 18 h de traversée sous la tempête, on s’est fait repérer par les gardes côtes tunisiens. Pour monter à bord de l’escadrille, quatre personnes sont tombées, une a failli mourir, il était obligé de mordre la corde pour se rattraper. On nous a ramenés aux portes de Sfax pendant la nuit et on nous a questionnés, prit nos identités puis on nous a laissé partir.Sept jours après, on a trouvé une autre embarcation, un « passeur de mort » pour 1 000 euros chacun. À 56 passagers, on est parti à 3 h du matin. Les conditions pendant la traversée étaient catastrophiques. Pour pisser, on faisait des chaînes humaines pour se tenir et ne pas tomber à l’eau. On était entassé à cinq par m2, impossible de dormir. On était trempé avec les vagues et il faisait trop froid. Pour manger, c’était le minimum vital, quelques biscuits. Proche des côtes de Lampedusa, un hélicoptère italien s’est arrêté au-dessus de nous, il prenait des photos. L’hélice faisait bouger l’eau, on pensait qu’on allait chavirer. Une demi-heure après, des Italiens sont venus nous escorter.Les camps de LampedusaQuand on est arrivé, beaucoup vomissaient à cause du voyage. J’avais très mal à ma jambe, je ne pouvais pas la plier, j’arrivais à peine à marcher. 12 d’entre nous ont été emmenés à l’hôpital, on m’a donné des cachets et de la pommade pour masser ma cuisse. Ensuite, direction un camp, face à des militaires armés jusqu’aux dents, j’avais vraiment la trouille. On était 3 000 Tunisiens là-dedans, il y a eu rapidement des problèmes de cohabitation, on ne pouvait plus se doucher, ni manger. Un responsable est venu nous voir en nous disant qu’on avait survécu 23 ans sous la dictature de Ben Ali alors on pouvait bien rester 15 jours de plus ici. On a fait la grève de la faim pour manifester, et ils ont commencé à nous sortir au fur et à mesure. J’ai pris un avion avec 160 personnes vers Catane et j’ai pu obtenir un laisser-passer pour 6 mois.La vie dans la rueJe voulais passer en France, comme beaucoup de Tunisiens. Je n’avais pas d’argent pour acheter de billets donc je me faisais recaler tout le temps. On m’a envoyé de l’argent en Sicile et je suis arrivé à Marseille, je suis resté une semaine chez un inconnu tunisien qui a été solidaire. Puis je suis allé à Paris, et resté 18 jours. Je squattais par terre dans la rue, des associations nous ont aidés pour manger. Puis Le Mans, mon objectif final car mon frère vit ici. Maintenant je vais tout faire pour avoir des papiers ici. »Madeline PLARD

 

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