Roberto Alagna et "Tosca", l'équation à succès des Chorégies d'Orange

0 21.11.2011 10:34

Les Chorégies d'Orange ont ouvert jeudi soir leur édition 2010 avec le ténor vedette Roberto Alagna et un pilier du répertoire lyrique, "Tosca" de Puccini: la chaleur était au rendez-vous, dans l'accueil du public comme dans le plein air du théâtre antique.A 47 ans, le chanteur franco-italien est devenu le héros récurrent des Chorégies: il en est à sa 12e participation depuis 1993, et n'a pas manqué une édition depuis 2004.L'artiste est un gage de remplissage - les deux "Tosca" sont complètes depuis mai - et d'audience solide (près de 2 millions de téléspectateurs) à la télévision, qui diffusera d'ailleurs en direct la représentation de dimanche (sur France 2 à partir de 21h45).Le vaste théâtre antique d'Orange (8.300 places), lui, peut être un casse-tête pour un metteur en scène: son plateau présente un déséquilibre car il est immensément large mais guère profond. Sans parler de ce mur de scène imposant avec lequel il vaut mieux composer: lutter contre ou l'ignorer est souvent voué à l'échec.Nadine Duffaut, qui réalise cette "Tosca", l'a bien compris. Elle joue habilement sur la verticalité du lieu avec un impressionnant tableau représentant la marquise Attavanti, ce personnage peint par Cavaradossi (Roberto Alagna).Au pied de la peinture a été installé, pour l'acte I, tout le décorum (bancs, autel, cierges...) de l'église romaine où s'est réfugié Angelotti, un prisonnier politique protégé par Cavaradossi.La metteuse en scène représente ensuite le bureau du redoutable chef de la police Scarpia, qui en veut aux deux hommes (II), puis dépouille opportunément son plateau pour mieux se concentrer sur le dénouement tragique, le sort funeste de Cavaradossi et de sa maîtresse Tosca (III).Mais l'Attavanti est toujours là, figure doloriste saisissante: un tableau efficacement modulable (effrayant sas d'entrée de Scarpia et ses sbires, geôle de Cavaradossi) qui peut laisser entrevoir, en arrière-plan fantomatique, la torture du héros.Chevelure fournie, démarche conquérante, Roberto Alagna est fidèle à la présence scénique à la fois généreuse et décontractée qui a fait sa réputation. Le chanteur pèche un peu par orgueil (note finale tenue plus que de raison sur son premier air) et certains de ses aigus paraissent endurcis. Mais le timbre offre toujours sa richesse ensoleillée, la diction est d'une belle clarté et l'engagement de l'artiste est intact.A l'applaudimètre cependant, la soprano américaine Catherine Naglestad (Tosca) lui volerait presque la vedette: la voix peut paraître impersonnelle, corsetée et pas toujours très sonore dans le plein air du théâtre antique, mais il y a une fine musicienne dans la façon d'aborder l'air "Vissi d'arte".Comme cette dernière, le baryton-basse allemand Falk Struckmann fait ses débuts aux Chorégies: son Scarpia, bien investi sur le plan scénique, est plus rayonnant que son récent Wotan ("Ring" de Wagner) à l'Opéra de Paris, même si l'aigu, élimé, accuse une indéniable fatigue.Forfait à la générale en raison d'une santé fragile, le jeune chef finlandais Mikko Franck se déplace jusqu'à la fosse en s'appuyant sur une canne et dirige le plus souvent assis.Loin de ces difficultés, sa lecture, animée d'un grand souffle dramatique, est à la fois contrastée et solidement bâtie. L'Orchestre philharmonique de Radio France fait un triomphe à cette baguette qui obtient de lui le meilleur.

 

Connexion utilisateur
Vous pouvez vous connecter avec votre compte facebook.
Vous pouvez vous connecter soit avec votre nom d'utilisateur assigné, soit avec votre adresse e-mail.
Le champ mot de passe est sensible à la casse.