Rétrospective (mars) Joseph Weismann : « Je suis dépositaire du testament des enfants du Vél d’Hiv »

0 21.11.2011 09:51

«Le Maine Libre» : Malgré 3 millions d’entrées et une secousse indéniable parmi une opinion qui découvrait dans ce film une page volontairement occultée de l’histoire de France, « La Rafle » a subi aussi des critiques. Vous ont elles affecté ?Joseph Weismann : Je suis fier du travail qui a été fait. Il a eu des louanges. Il y a eu des critiques. On peut penser ce que l’on veut de la réalisation de Roselyne Bosh mais ce film avait besoin d’être fait. Il fallait que l’opinion de mon pays soit informée sur ce qui s’était produit en France en juillet 1942. Cet épisode tragique de la rafle, que j’ai vécu en plein cœur, avait été occulté depuis la Libération tant la blessure était encore vive.Vous voulez dire qu’il a fallu attendre près de 70 ans pour oser montrer ?Oui ! C’est comme cela en France. Regardez comme c’est encore difficile d’évoquer la guerre d’Algérie. Ce film décrivant « La Rafle » dont mes parents, mes sœurs et moi-même ont été victimes (N.D.L.R. : Joseph a été le seul à réussir à s’échapper). Toute sa famille a été exterminée dans les camps) était un devoir de mémoire. En tant que témoin et conseiller, je me suis senti dépositaire du testament de tous ces enfants qui ne sont jamais revenus. Avant ce témoignage, j’avais toujours considéré que l’on avait volontairement arraché une page au livre de l’histoire de France. Nous l’avons remise en place .Quelques passages, dit-on, vous ont laissé sur votre faimC’est un film. Ce n’est pas un documentaire. C’est sûr, je me suis senti un peu frustré, notamment par la scène de notre évasion du camp de Beaune-la-Rolande. Roselyne Bosh a réglé l’affaire en deux minutes alors que nous avons mis six heures pour nous évader, au péril de notre vie. Mais c’est anecdotique. l’important c’est la portée du message global. J’ai pleuré quand j’ai redécouvert la scène du Vel' d’Hiv. Pour tout vous dire, lors du tournage, j’ai même ressenti l’odeur pestilentielle qui y régnait en 1942. Près de 70 ans après, cette odeur a ressurgi en moi comme une puanteur insupportable. Vous voyez, je ne suis pas guéri .Vous allez continuer à témoigner ?Encore et toujours. Tant que je serais en bonne santé. J’avoue que les contacts qui ont suivi avec les échanges que j’ai pu avoir dans les établissements scolaires avec les élèves, les professeurs ont été des expériences humaines formidables, souvent poignantes. On murmure que vous préparez un livre ?Oui. C’est une biographie complète de ma vie qui sortira au printemps chez Michel Lafon. Là, tout sera rigoureusement exact, précis, de ma naissance le 15 juin 1931 à l’épisode de la rafle, mon évasion, mon accueil en Sarthe, mon aventure professionnelle et familiale, mes engagements au kibboutz. Tout. Cette fois, j’ai l’occasion unique de tout dire, tout vérifier, tout contrôler. J’ai voulu être d’une totale loyauté. J’espère que ce témoignage pourra marquer les esprits autant que le film. Ce n’est pas moi qui suis intéressant. C’est mon histoire.Jean-Benoît GAYET

 

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