Retraites: manifestations imposantes, bataille de chiffres gouvernement-syndicats

0 18.11.2011 09:45

Mobilisation dans la rue en hausse à 3 millions de manifestants selon la CGT mais en baisse à moins d'un million selon la police: la journée d'action contre la réforme des retraites a donné lieu à une bataille de chiffres. Selon les syndicats, les manifestants étaient sensiblement plus nombreux que le 7 septembre: 2,9 millions pour la CFDT, trois millions pour la CGT dans les 231 cortèges recensés (213 la dernière fois). Les deux centrales syndicales avaient avancé les chiffres de 2,5 millions et 2,735 millions respectivement il y a deux semaines.En revanche, à en croire le ministère de l'Intérieur, les cortèges ont drainé moins de monde : 997.000 manifestants contre 1,12 million.La même bataille de chiffres a opposé syndicats et gouvernement pour la manifestation parisienne: pour la CGT, il y avait 30.000 personnes de plus (300.000), pour la police, elles étaient 15.000 de moins.De Nantes à Strasbourg, de Lille à Marseille, ce sont à chaque fois quelques dizaines de milliers de manifestants qui ont crié leur refus du recul à 62 ans de l'âge légal de la retraite sous les slogans les plus divers: "Métro, boulot, caveau", "Non à la retraite en 3D: déçu, démoralisé, déprimé".Les grèves ont fait sentir leurs effets surtout à la SNCF, dans le transport aérien et l'Education nationale, mais aussi chez Total (de 50 à 80% de grévistes selon les raffineries, d'après la direction).Au soir de cette journée, le numéro un de la CFDT, François Chérèque, a parlé de "pari perdu pour le gouvernement, qui espérait un affaiblissement du mouvement". Son homologue de la CGT, Bernard Thibault, s'est félicité de "l'ancrage" de la protestation, en raison d'"un renouvellement des manifestants: une partie n'a pas forcément fait une deuxième journée mais nous avons de nouvelles personnes".Selon le dirigeant de l'Unsa (autonome), Alain Olive, le gouvernement "a intérêt à revoir sa copie".Les syndicats reconnaissent que les grévistes ont été moins nombreux dans le secteur public: les taux officiels ont été de 21,44% dans la Fonction publique d'Etat (25,8% dans l'Education nationale), 15,75% dans la territoriale, 12,54% chez les hospitaliers.A la SNCF, ils ont été 37% selon la direction, 49,85% selon la CGT, en baisse de 2 à 6 points par rapport au 7 septembre. Même chose à la RATP, La Poste, France Telecom."C'est bien naturel, c'est dur de perdre une nouvelle journée de salaire" dans un même mois, a commenté Alain Olive.Tout autre est l'analyse de l'exécutif. Le ministre du Travail Eric Woerth a noté "une décélération incontestable"."Cela signifie que soit les Français considèrent que tout cela est déjà derrière eux, soit qu'ils adhérent davantage" à la réforme, "soit les deux", commentait à chaud l'Elysée, qui s'apitoyait sur les syndicats ("ce n'est pas simple pour eux si le taux des grévistes baisse à chaque fois").Ces commentaires ont attiré une réplique de Martine Aubry, la première secrétaire du PS jugeant cette attitude "un peu pitoyable". "Un mensonge à ce point là ..", a-t-elle ironisé.Les syndicats se sont particulièrement réjouis de l'implication croissante des salariés du privé. Ils étaient bien visibles à Toulouse (Airbus, Capgemini, Continental), Lyon (Rhodia, Renault trucks, Sanofi-Aventis), au Havre avec de fortes délégations de Total, Renault, Cooper, etc. Selon Bernard Thibault, "il y a un élargissement de la présence du privé".L'intersyndicale se réunit vendredi pour prendre de nouvelles initiatives. Elle s'oriente vers une grande journée de manifestations un samedi, couplée à d'autres formes d'actions, selon des sources syndicales.Le projet sur les retraites a déjà été adopté par l'Assemblée nationale et doit être discuté au Sénat à partir du 5 octobre.

 

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