Natation: le nouveau défi pour la France, rester compétitive

0 21.11.2011 09:36

A deux ans des jeux Olympiques de Londres, l'équipe de France de natation s'est montrée brillante lors des Championnats d'Europe à Budapest, une réussite collective réjouissante, mélange d'envie d'expérience et de fraîcheur, qui ne lui garantit pourtant pas d'être aussi compétitive à l'avenir.Les Bleus ont récolté une moisson historique de 21 médailles. Huit d'entre elles ont eu la couleur de l'or, réparties entre cinq nageurs, tous des hommes.Une configuration inédite pour un tel palmarès, loin des éditions où Laure Manaudou raflait tout -ou presque tout- à elle seule.En Hongrie, ils étaient 30 nageurs, âgés de 17 à 29 ans, à vivre ensemble, à se motiver les uns les autres pour créer une émulation qui les a menés sur les podiums."Quand il y a des nageurs d'expérience qui nous montrent que c'est possible, qu'ils nous ouvrent la voie, forcément on s'engouffre derrière. Une fois qu'on a lancé le train, la locomotive continue à grande vitesse", explique la fabuleuse dernière recrue des Bleus, Yannick Agnel, 18 ans et 3 médailles glanées en Hongrie (dont une en or).Son entraîneur, Fabrice Pellerin, peut se féliciter. Ses trois nageurs ont été médaillés. Une réussite de clubs qui l'interpelle."Aujourd'hui, les deux tiers des résultats viennent des clubs, pas des structures officielles. La filière fédérale et nationale, ce qu'on appelle le parcours d'excellence sportive, produit moins de médailles que l'artisanat comme ça, très délocalisé, parce que ça repose sur des relations humaines, du système D", remarque-t-il.Le technicien se réjouit et applaudit des deux mains un tel succès mais pointe du doigt les carences d'un système fédéral, en termes d'infrastructures -la France est le pays qui possède le moins de piscines en Europe-, de moyens, de professionnalisme."C'est comme si on avait Schumacher et qu'on constatait que c'est une 2CV qu'on lui donnait. On va le faire le chemin mais on ne sera pas devant les Ferrari", explique Pellerin."A titre individuel et collectif, ce qu'on fait aujourd'hui c'est du cristal. On n'a pas prouvé que la France était historiquement, culturellement, une nation gagnante dans le temps. On est opportuniste, dans tous les sports en France d'ailleurs", poursuit le Niçois, qui a déjà envisagé d'aller entraîner à l'étranger.Pellerin, à qui de nombreux entraîneurs font écho comme Denis Auguin, mentor du champion olympique Alain Bernard, appelle au changement "d'un système pourri". "Sinon, on risque d'être rattrapé par une réalité sportive qu'on ne va pas voir parce qu'on va s'autocongratuler".Romain Barnier, seul entraîneur dont les quatre nageurs ont tous été médaillés en individuel à Budapest, impute lui aussi les excellents résultats des Bleus au système des clubs. Mais il y voit une grande satisfaction."On a un système de clubs qui permet aux nageurs de rester longtemps dans leur sport. C'est un des fers de lance de la réussite de la natation française, qui est presque aussi bon que le système universitaire américain", s'emballe le Marseillais.Les nageurs vivent de leur passion grâce aux clubs qui les paient. Il existe aussi des pôles France, comme à Font Romeu ou Mulhouse, financés par la Fédération française de natation mais où on y retrouve peu d'athlètes.Barnier estime que ce succès n'est pas un hasard et qu'il n'est pas fragile."On peut faire des mauvais choix derrière mais on ne peut pas perdre ce qu'on sait faire. On n'a pas de garantie qu'aux Championnats du monde (2011) on soit les meilleurs, mais on fera bien et on restera solides et on continuera de construire", assure-t-il.

 

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