Médicament Roaccutane: trois laboratoires assignés en justice après le suicide d'un adolescent

0 21.11.2011 09:30

Les parents d'un adolescent qui s'était suicidé alors qu'il prenait deux génériques du médicament contre l'acné Roaccutane, ont assigné vendredi devant le Tribunal de grande instance de Nanterre les laboratoires pharmaceutiques Roche, Pierre Fabre et Expanscience.Les parents d'Alexandre sont convaincus que la mort de leur fils, retrouvé pendu en juillet 2007 à un arbre à Nice, est liée à la prise de ce traitement qu'il prenait depuis sept mois."Je sentais qu'il était vraiment angoissé et fatigué mais rien ne laissait penser qu'il allait se suicider. C'est un message dans lequel il disait qu'il ne savait pas ce qu'il avait depuis trois semaines et qu'il avait mal partout, qui nous a convaincus de les attaquer", a déclaré son père, Daniel Voidey."Je veux que la justice reconnaisse que mon fils n'est pas un menteur et que ce médicament est responsable de sa mort", a-t-il ajouté, à la sortie de la salle d'audience.Son avocat, Me Gilbert Collard, a assigné les laboratoires Roche, en leur qualité d'inventeurs du traitement à l'isotrétinoïne (Roaccutane) et Pierre Fabre et Expanscience qui commercialisent deux génériques de ce médicament (Curacné et Procuta) ingérés par la victime.Lors des débats, Me Collard a demandé la désignation d'experts pour démontrer que rien ne prédisposait Alexandre au suicide avant qu'il ne prenne ce médicament, dont "la notice noie le patient sous un flot de mises en garde et de contre-indications".Les avocats de la défense ont quant à eux souligné le fait qu'un médicament était toujours "toxique" et qu'en l'espèce le Roaccutane était un "traitement de dernière intention, révolutionnaire, qui avait guéri des millions d'acnéiques sévères".Ils ne se sont pas déclarés hostiles à la désignation d'un collège d'experts rassemblant un psychiatre, un dermatologue et un pharmaco-vigilant.Pour l'avocat de Roche, Me Jacques-Antoine Robert, les risques entraînés par le Roaccutane ne remettent pas en cause la place de cette molécule dans la pharmacopée, le bénéfice-risque étant favorable. Il a demandé à être mis hors de cause, l'adolescent n'ayant pas pris le médicament commercialisé par Roche.La décision a été mise en délibéré au 29 avril.Mi-février, Roche avait assuré que son médicament, qu'il commercialise depuis 20 ans, était "sûr" et "efficace", ajoutant qu'il avait néanmoins effectué des provisions pour faire face aux nombreux litiges.Le laboratoire helvétique fait actuellement face à 2.422 actions en justice aux Etats-Unis où le médicament est accusé de provoquer des maladies intestinales inflammatoires, des malformations foetales et des troubles psychiatriques. Des plaintes ont été déposées dans d'autres pays.Selon le groupe, le Roaccutane a été pris par 16 millions de personnes.L'Agence française de sécurité sanitaire des produits de santé (Afssaps) poursuit la surveillance des médicaments et des génériques contre l'acné en raison de risques psychiatriques et tératogènes (malformations du foetus si pris sans contraception), selon la liste des médicaments sous surveillance de l'organisation.

 

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