Lula refuse d'extrader Battisti vers l'Italie, colère de Rome

0 21.11.2011 13:54

A quelques heures de la fin de son mandat, le président brésilien Luiz Inacio Lula da Silva a refusé d'extrader vers l'Italie l'ex-activiste d'extrême-gauche Cesare Battisti, provoquant la colère de Rome et ouvrant une crise diplomatique entre les deux pays. Lula, qui doit passer la main samedi à Dilma Rousseff, "a pris aujourd'hui la décision de ne pas extrader le citoyen italien Cesare Battisti", a annoncé le ministre des Affaires étrangères Celso Amorim.Aussitôt, le gouvernement italien a annoncé le rappel de son ambassadeur à Brasilia et a promis de poursuivre "la bataille" judiciaire pour obtenir l'extradition de Battisti qu'il considère comme un "terroriste" en cavale depuis trente ans.Battisti, incarcéré depuis mars 2007 à Brasilia à la demande de l'Italie, devrait encore rester en prison au moins jusqu'en février, le temps pour la Cour suprême d'examiner la conformité de la décision de Lula avec le traité d'extradition bilatéral."Je m'engage à poursuivre la bataille pour que Battisti soit livré à la justice italienne", a affirmé le chef du gouvernement italien Silvio Berlusconi. "Cette affaire n'est pas close, bien au contraire : l'Italie ne se rend pas".L'extradition de Battisti, 56 ans, est réclamée avec force par Rome où il a été condamné par contumace en 1993 à la réclusion à perpétuité pour quatre meurtres et complicité de meurtres commis en 1978 et 1979, crimes dont il se dit innocent.De son côté, le Brésil a rejeté les critiques italiennes, trouvant "très étrange" et "impertinente" la réaction de Rome.L'avocat de Battisti devant la Cour suprême, Luis Roberto Barroso, s'est félicité, "au nom de la justice", du geste de Lula envers son client, réitérant qu'il était "innocent"."Je suis heureux que le Brésil ait maintenu sa tradition humaniste, en dépit des pressions hautaines et du ton inapproprié du gouvernement italien", a-t-il dit dans un communiqué.Les soutiens français de l'ex-militant italien se sont aussi réjouis de la perspective de libération de Battisti.Toutefois, ce long feuilleton judiciaire n'est pas encore clos.La Cour suprême doit maintenant vérifier que le refus d'extrader l'ancien militant est bien conforme au traité d'extradition entre les deux pays, selon le président de la Cour, Cezar Peluso.Pour justifier sa position, le président Lula s'est appuyé sur un article du traité d'extradition stipulant qu'il ne s'appliquait pas en cas de "raisons fondées de supposer que la personne réclamée subira des actes de persécution et de discrimination" en raison notamment de ses opinions politiques.Dans une interview au magazine Epoca en mars 2009, Battisti avait dit qu'il craignait pour sa vie en Italie. "Je suis certain que, si je retourne en Italie, je serai l'objet de représailles. Je serai tué".Les plus hauts magistrats brésiliens avaient remis en question, en novembre 2009, l'octroi de l'asile accordé à Battisti en janvier de la même année et donné le feu vert à l'extradition de l'italien, jugeant que ses crimes n'étaient pas de nature politique.Ils avaient néanmoins laissé le président Lula décider en dernier ressort, et avaient précisé ultérieurement que sa décision devrait respecter le traité d'extradition.Battisti a été arrêté dans son pays en 1979, quand il militait dans le groupuscule des "Prolétaires armés pour le communisme" (PAC). Condamné à douze ans de prison, il s'est évadé en 1981.Commence alors une longue cavale: après un passage par le Mexique, il a trouvé refuge en France de 1990 à 2004, puis au Brésil. En 2007, il est arrêté à Rio de Janeiro où il vivait depuis trois ans et est incarcéré près de Brasilia.

 

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