Lucas Cranach l'Ancien et ses nus sensuels et troublants

0 21.11.2011 09:55

Les nus sensuels, souvent un peu troublants, de Lucas Cranach l'Ancien (1472-1553) sont au coeur d'une exposition bijou au musée du Luxembourg à Paris qui met en avant la modernité plaisante de ce peintre de la Renaissance allemande.Très célèbre en son temps, et fort prolifique grâce à son atelier qui a employé jusqu'à une dizaine de personnes, Cranach a été quelque peu boudé au XIXème siècle avant d'être redécouvert au XXème notamment par Picasso.En ce début du XXIe siècle, Cranach est à la mode et enchaîne les expositions: Francfort en 2007, Londres en 2008, Rome et Bruxelles en 2010.Ce peintre adepte des peintures en série - il existe 35 versions de la mort de "Lucrèce" et 19 de "Judith" - a été adopté par l'une des séries américaines culte des dernières années: le générique de "Desperate Housewives", lancée en 2004, emprunte à Cranach une de ses "Eve".Et lorsque le Louvre lance un appel au public sur internet, en novembre dernier, pour recueillir un million d'euros nécessaire à l'achat d'une petite version des "Trois grâces" de Cranach, plus de 5.000 donateurs tombent aussitôt sous le charme."Ses tableaux ne laissent pas indifférents. Ils sont souvent étranges. Les femmes ont un petit regard en coin, des yeux bridés", relève Laurent Salomé, le nouveau directeur scientifique de la Réunion des musées nationaux/Grand Palais, co-organisatrice de l'exposition, ouverte du 9 février au 23 mai."C'est un artiste qui n'est absolument pas ennuyeux. Sa peinture est savante mais en même temps très éloquente et vivante. Il utilise des symboles forts, qui font mouche", souligne M. Salomé.Dans "Les amants mal assortis" (1522), un vieillard lubrique étreint une jeune femme cupide qui glisse une main sous le manteau de l'homme alors qu'une bourse remplie d'argent pend à son autre bras.Osé pour ce peintre ami de Martin Luther et très proche de la Réforme protestante. Mais ses tableaux avaient aussi valeur de messages moraux."Le style de Cranach est unique", relève Guido Messling, le commissaire allemand de l'exposition. Le peintre ne cherche pas à reproduire de façon fidèle le corps de la femme. Il privilégie les courbes, gomme les muscles, réduit le torse, allonge les jambes. De très légers voiles transparents rendent plus érotique encore la nudité.Avec "La nymphe à la source" (après 1537), Cranach est le premier artiste du nord à peindre une femme nue couchée, comme offerte. Mais elle tient à distance les satyres avec une inscription en latin dans un coin du tableau où elle demande que l'on ne "trouble pas son sommeil"."Le tableau est empli de séduction mais aussi d'une exhortation à ne pas y céder", souligne M. Messling.Dans l'allégorie de "La Justice" (1537), la femme apparaît à mi-corps, dans une nudité provocante.Pour séduire un public jeune, la Rmn insiste sur la "modernité" des femmes de Cranach et poste sur son site une vidéo où une responsable d'un magazine féminin compare les figures de Cranach à des "Kate Moss" du XVIè siècle.Les femmes de Cranach sont "élégantes et sexy", considère M. Messling. "On pourrait presque imaginer que ce sont des top models prêtes à enfiler un jean", ajoute-t-il.Mais les nus de Cranach sont également très politiques, relève Naïma Ghermani, qui signe l'album de l'exposition. "Bravant des souverains tyranniques, les figures érotiques de Judith et Lucrèce prennent valeur d'emblèmes politiques de la résistance des princes luthériens", souligne-t-elle.

 

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