Libye: les insurgés, dopés par le succès, veulent avancer vers l'ouest

0 21.11.2011 13:54

Les rebelles libyens, dopés par leur succès sur l'aéroport de Misrata (ouest), se préparaient jeudi à marcher sur Zliten, avec en ligne de mire la capitale Tripoli, à 200 km à l'ouest, régulièrement bombardée par l'Otan.Après plus de deux mois de combats dans Misrata puis autour de la ville assiégée, les rebelles ont pris mercredi l'aéroport, au sud de Misrata, repoussant les pro-Kadhafi suffisamment loin pour que la majeure partie de la ville se trouve hors de portée de leurs roquettes.Selon Salah Badi, responsable de l'offensive rebelle dans la zone de l'aéroport, les forces gouvernementales se sont regroupées à Zliten, ville de 200.000 habitants à une cinquantaine de kilomètres à l'ouest de Misrata. Il a assuré que les rebelles, qui ont déjà progressé d'une petite vingtaine de kilomètres en direction de Zliten, allaient désormais concentrer leurs efforts sur ce front, le long de la route côtière qui mène à Tripoli, à environ 150 km à l'ouest de Zliten.En arrivant à l'aéroport, les rebelles ont trouvé des chars abandonnés par les pro-Kadhafi et y ont mis le feu. Ces derniers jours, ils avaient utilisé des conteneurs poussés par des bulldozers pour protéger leur avancée sur le front ouest, selon un correspondant de l'AFP.Dans l'Est, au moins trois roquettes sont tombées jeudi sur Ajdabiya, carrefour stratégique aux mains des rebelles à 160 km au sud-ouest de Benghazi, "capitale" des rebelles, sans toutefois faire de victime.Dans cette zone un temps très disputée, des combats sporadiques se poursuivent et la ligne de front se déplace régulièrement entre Ajdabiya et le site pétrolier de Brega, tenu par les pro-Kadhafi 80 km plus à l'ouest.A Tripoli, des frappes aériennes de l'Otan ont touché jeudi matin le vaste complexe résidentiel du dirigeant libyen Mouammar Kadhafi à Tripoli, faisant trois morts, dont deux journalistes, et 27 blessés, selon un "bilan officiel" communiqué par un responsable gouvernemental."Trois personnes sont mortes: deux d'entre elles étaient journalistes et la troisième était un guide les aidant à faire un documentaire", a déclaré le porte-parole du gouvernement Moussa Ibrahim, lors d'une conférence de presse au complexe de Bab al-Azaziya.Auparavant, deux responsables libyens, accompagnant des journalistes étrangers, dont l'AFP, lors d'une visite guidée du site, avait indiqué que six personnes avaient été tuées et dix blessées.Les reporters tués s'appellent Ali al-Graw et Ismail al-Charif. Ils filmaient, d'après M. Ibrahim, des "centaines de gens fêtant leur résistance à l'Otan".M. Graw était un journaliste et réalisateur libyen, a-t-il dit, sans donner d'informations sur M. Charif, ni préciser les médias pour lesquels les deux hommes travaillaient.Leur guide, Abdel Salam Massoud Mohammed, était âgé de 25 ans, a-t-il affirmé, lors de cette conférence de presse organisée près d'un large cratère provoqué par une frappe.Les frappes ont fait par ailleurs 27 blessés, selon le porte-parole du gouvernement.Deux cratères étaient visibles dans le complexe, selon un journaliste de l'AFP ayant participé à la visite guidée.Selon M. Ibrahim, une des frappes a touché une "évacuation d'eaux usées".Les responsables libyens ont également affirmé qu'un bâtiment abritant des bureaux avait été détruit.Les journalistes étrangers n'ont pu se rendre près d'un escalier conduisant dans un sous-sol, qui était entouré de partisans du régime.La veille, une dizaine de missiles avaient encore touché Tripoli, bombardée presque chaque jour par l'Otan, qui a pris fin mars la direction des opérations militaires internationales destinées, sous mandat de l'ONU, à faire cesser les attaques contre les civils.Mercredi soir, la télévision d'Etat libyenne a diffusé des images du colonel Kadhafi dans une réunion, en annonçant qu'elles avaient été tournées en fin de journée, les premières depuis une frappe aérienne de l'Otan qualifiée par le régime de tentative de l'assassiner.Un fils, Seïf al-Arab, et trois petits-enfants du dirigeant avaient péri dans cette frappe le 30 avril. L'Otan répète qu'elle ne vise pas des personnes mais des cibles "militaires".Le chef du Conseil national de transition libyen (CNT), organe politique de la rébellion à Benghazi, Moustapha Abdeljalil, était jeudi à Londres, où le Premier ministre David Cameron a invité le CNT à ouvrir à Londres son premier bureau de représentation en Europe.De plus, M. Cameron a promis plusieurs millions de livres d'équipements pour la police de Benghazi, ainsi que du matériel de communication pour la rébellion.Parallèlement, une première cargaison d'aide américaine est arrivée à Benghazi dans le cadre des 25 millions de dollars débloqués fin avril par le président Barack Obama pour soutenir la rébellion sans pour autant lui fournir des armes.Dans cette cargaison se trouvaient 10.000 repas halal tout prêts pris sur les stocks de rations alimentaires de l'armée. D'autres cargaisons étaient en route, en particulier du matériel médical, des uniformes, des bottes, des tentes et des gilets pare-balles, selon le département d'Etat.Depuis le début de la révolte, les violences ont fait des milliers de morts selon le procureur de la Cour pénale internationale, et poussé près de 750.000 personnes à fuir selon l'ONU.Le Programme alimentaire mondial (PAM) a demandé jeudi un "cessez-le-feu immédiat" dans les montagnes de l'ouest de la Libye afin de pouvoir livrer l'aide humanitaire aux populations touchées par les combats.

 

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