Libye: le régime continue ses raids, les Arabes pour une zone d'exclusion

0 21.11.2011 09:50

Le régime libyen de Mouammar Kadhafi déterminé à venir à bout de l'insurrection a de nouveau lancé samedi son aviation contre les rebelles, au moment où la Ligue arabe a réclamé une zone d'exclusion aérienne, un appel salué par Washington et Londres.Un cameraman de la chaîne Al-Jazira a été tué dans une embuscade près de Benghazi, le fief de l'opposition à près de 1.000 km à l'est de Tripoli. C'est la première fois qu'un média étranger annonce la mort d'un journaliste en Libye depuis le début de la révolte le 15 février.Alors que les loyalistes avançaient vers l'Est le long de la côte libyenne, repoussant davantage les rebelles, l'un des fils de Mouammar Kadhafi, Seif al-Islam, a promis "une guerre jusqu'au bout", affirmant que les forces gouvernementales avaient déjà repris "90% du pays".Face à la répression sanglante qui a fait des centaines de morts et poussé à la fuite plus de 250.000 personnes, la Ligue arabe réunie au Caire, a estimé que le régime libyen avait "perdu sa légitimité" du fait des "violations dangereuses" commises contre son peuple.Elle a par conséquent appelé le Conseil de sécurité de l'ONU à autoriser la mise en place d'une zone d'exclusion aérienne pour protéger le peuple. Elle a aussi décidé de "coopérer" avec le Conseil national de transition (CNT), créé par l'opposition et basé à Benghazi.Pour le chef de la Ligue arabe Amr Moussa, cette "coopération" équivaut à une reconnaissance de l'opposition qui réclame le départ de M. Kadhafi du pouvoir après plus de quatre décennies de règne sans partage.Les Etats-Unis ont "salué" l'appel de la Ligue arabe, "qui renforce la pression internationale sur Kadhafi", soulignant que la communauté internationale était "unie" dans son appel à l'arrêt des violences. La Grande-Bretagne s'en est aussi félicité, mais les Affaires étrangères ont affirmé que la création d'une telle zone n'était pour le moment qu'une option. Londres et Paris travaillent actuellement à un projet de résolution soutenant l'idée de faire de la Libye une zone de survol interdite, qu'ils entendent soumettre au Conseil de sécurité.Les pays occidentaux semblaient hésiter à instaurer une zone d'exclusion aérienne et insistent de toutes façons sur la nécessité d'un mandat de l'ONU. D'ailleurs, le ministre américain de la Défense Robert Gates a déclaré qu'il n'était pas sûr qu'imposer une telle zone soit une décision "sage", même si l'armée américaine et ses alliées ont la capacité de le faire.La mise en place d'une telle opération nécessite des centaines d'avions pour interdire le survol d'un territoire de près de 1,8 million de km2 et clouer l'aviation libyenne au sol, une arme actuellement utilisée par le régime pour reconquérir les villes aux mains de rebelles moins bien armés.A Benghazi, siège de l'opposition, des milliers de femmes, pour la plupart voilées, ont manifesté pour réclamer une zone d'interdiction aérienne, dans une marée de drapeaux drapeaux aux couleurs de l'insurrection."Nous ne voulons pas d'intervention étrangère, nous voulons juste une zone d'exclusion aérienne, et nos garçons vont faire le reste", a déclaré Nada el-Turki, une étudiante en économie venue avec un bébé.Entre temps, l'aviation a lancé deux nouveaux raids sur un poste de contrôle des insurgés à Al-Uqaila, sur la ligne de front à quelques dizaines de kilomètres à l'est de la ville pétrolière de Ras Lanouf, ancienne base avancée de l'insurrection reconquise par les pro-Kadhafi après des raids intenses.A l'ouest de la ligne de front, les forces pro-Kadhafi ont fêté la reconquête de Ras Lanouf et de la bourgade de Ben Jawad, à quelques dizaines de kilomètres à l'ouest, où les destructions témoignaient de la violence des combats, selon un journaliste de l'AFP. A l'est du front, des dizaines de véhicules transportant des rebelles ont fui Al-Uqaila vers Brega, à 40 km plus à l'est. Autre site pétrolier stratégique, Brega ressemblait à une ville fantôme et rien ne permettait de dire qui la contrôlait, même si les insurgés semblaient se concentrer sur ce nouveau front."Ce matin, nous étions à 30 km (à l'ouest) d'ici, mais nous avons dû nous replier en raison du bombardement", a expliqué à l'AFP un rebelle armé d'une kalachnikov au point de contrôle bombardé d'Al-Uqaila. "Inchallah, nous allons essayer d'envoyer des gens pour la contre-attaque".A mesure que les rebelles se replient vers l'Est, ils se rapprochent de la ville d'Ajdabiya, dernier verrou vers Benghazi.Dans l'Ouest, Zawiyah, qui fut le bastion rebelle le plus proche de la capitale, est tombée aux mains du régime qui a fêté sa "victoire" après plus de deux semaines de résistance acharnée. Des témoins ont parlé de violents combats et certains de "massacre". D'autres ont évoqué des vagues d'arrestations.En revanche, les rebelles contrôlaient toujours Misrata (150 km à l'est de Tripoli) et plusieurs villes du Nord-Ouest, en particulier dans la région montagneuse du Jabal Al-Gharbi, selon des témoins.Le coordinateur des affaires humanitaires de l'ONU pour la Libye est arrivé accompagné d'une petite équipe de soutien à Tripoli, où il doit s'entretenir avec des responsables au sujet de l'accès des Libyens à l'aide humanitaire.

 

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