Libye: Kadhafi attaqué de toutes parts, l'exode continue

0 21.11.2011 09:26

Le dirigeant libyen Mouammar Kadhafi était de plus en plus isolé jeudi, confronté à une opposition maîtresse de l'Est et sommé par l'Occident de stopper le bain de sang, la communauté internationale disant craindre une catastrophe humanitaire due à l'exode.Au dixième jour de l'insurrection contre le régime du colonel Kadhafi, qui a fait des centaines de morts, les rues de la capitale Tripoli étaient quasi-désertes le matin après une nuit troublée par des tirs nourris, notamment dans la banlieue est.Dans la région orientale riche en pétrole tombée aux mains des opposants, les murs criblés de balles dans la ville d'Al-Baïda sont autant de stigmates de la violence des combats entre opposants et "mercenaires" à la solde du dirigeant libyen.Alors que le président américain Barack Obama prenait la parole pour la première fois publiquement mercredi et jugeait "scandaleux" le bain de sang en Libye, une dizaine de généraux et de colonels faisaient défection et juraient fidélité au peuple libyen et à la révolution, acclamés par la foule à Al-Baïda."J'ai démissionné et je suis venu à Al-Baïda pour être solidaire de mon peuple. Je serai en première ligne pour nous défendre contre toute attaque venant de l'extérieur", assure le général Salah Mathek, un responsable de la police judiciaire. "Ils nous ont ordonnés d'attaquer le peuple et j'ai refusé. On ne peut pas utiliser les armes contre nos jeunes", explique un autre général, Abdel Aziz al-Busta. "On parle de marcher sur Tripoli. Notre objectif est Tripoli, si Tripoli n'arrive pas à se libérer par lui-même", dit un autre officier. Les opposants semblent contrôler la région orientale, de la frontière égyptienne jusqu'à la localité d'Ajdabiya plus à l'ouest, en passant par Tobrouk, Derna et Benghazi, épicentre de la contestation à 1.000 km à l'est de Tripoli, selon des journalistes et des habitants.Après des jours d'hésitation, les Etats-Unis et l'Union européenne envisagent des sanctions contre le régime de M. Kadhafi, au pouvoir depuis près de 42 ans, de plus en plus isolé après avoir été lâché par ses pairs arabes et plusieurs proches et diplomates.Les pays de l'UE ont chargé leurs experts d'examiner des gels d'avoirs, des interdictions de visa et d'éventuelles poursuites contre des dirigeants libyens. Le ministre français de la Défense, Alain Juppé, a toutefois déclaré qu'une intervention militaire n'était pas d'actualité après avoir souhaité "de tout coeur" que M. Kadhafi "vive ses derniers moment de chef d'Etat".La Commission européenne s'est dite préoccupée par le risque de catastrophe humanitaire et évaluait les besoins en cas d'exode massif de la population, au moment où l'évacuation de dizaines de milliers d'étrangers continuait par air et par mer, dans des conditions difficiles. Un ferry de 1.000 places a accosté en Libye pour commencer à évacuer 18.000 ressortissants indiens pris au piège des violences. Et trois avions de transport de troupes C-130 ont décollé de Grèce pour évacuer des ressortissants grecs. Aux frontières avec la Tunisie et l'Egypte, les postes frontières voient également grossir le flux des libyens et des étrangers fuyant le pays.Le Croissant-Rouge tunisien a mis en garde contre un "risque catastrophique" d'exode massif, alors que le ministre italien de l'Intérieur Roberto Maroni a exhorté ses partenaires européens à aider son pays à faire face à un risque de crise humanitaire "catastrophique".Pour sa part, Al-Qaïda au Maghreb islamique (Aqmi) a promis de "faire tout son possible pour aider" les insurgés estimant que leur combat est "le combat de tout musulman qui aime Allah et son messager", selon le centre américain de surveillance de sites islamistes (SITE). La Libye détenant les plus importantes réserves de pétrole en Afrique, l'or noir poursuivait son envolée sur les marchés, atteignant des prix record depuis plus de deux ans. Le baril de Brent de la mer du Nord pour livraison en avril a même frôlé les 120 dollars avant de se replier.Plusieurs groupes pétroliers comme le Français Total, l'Italien ENI et l'Espagnol Repsol ont suspendu leurs activités dans le pays et rapatriaient leurs employés.Mardi, Mouammar Kadhafi, le plus ancien dirigeant du monde arabe, a appelé la police, l'armée et ses partisans à réprimer les protestataires qualifiés de "rats", avertissant de possibles "boucheries" et menaçant de "purger (le pays) maison par maison". Pour le ministre libyen de la Justice démissionnaire, Moustapha Abdel Jalil, le colonel Kadhafi se suiciderait "comme Hitler l'a fait".Depuis le 15 février, 300 personnes ont été tuées, selon un bilan officiel, la plupart à Benghazi, deuxième ville du pays située à 1.000 km à l'est de Tripoli et foyer de l'insurrection.Mais la Fédération internationale des ligues des droits de l'homme (FIDH) a parlé d'au moins 640 morts, dont 275 à Tripoli et 230 à Benghazi. Un médecin français tout juste rentré de Benghazi, Gérard Buffet, a évoqué "plus de 2.000 morts" uniquement dans cette ville.

 

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