Libye: dialogue de sourds entre l'Italie et ses partenaires de l'UE

0 17.11.2011 21:36

L'Italie a exhorté jeudi l'Union européenne à l'aider à faire face à un risque de crise humanitaire "catastrophique" et d'afflux de réfugiés du fait de la dégradation de la situation en Libye, mais plusieurs de ses partenaires lui ont opposé une fin de non-recevoir."Je demande à l'Europe de prendre toutes les mesures nécessaires pour faire face à une urgence humanitaire catastrophique. On ne peut pas nous laisser seuls, c'est ma requête", a annoncé le ministre italien de l'Interieur Roberto Maroni à son arrivée à Bruxelles pour une réunion avec ses homologues de l'UE consacrée à la crainte d'un exode de réfugiés de Libye vers l'Europe.Selon Frontex, l'agence de surveillance des frontières européennes, entre 500.000 et 1,5 million d'étrangers, pour la plupart originaires de pays d'Afrique sub-saharienne vivent en Libye.Selon M. Maroni, ces étrangers sont des réfugiés potentiels et pourraient vouloir gagner l'Italie puis le reste de l'UE. "L'invasion de 1 million, 1,5 million de réfugies mettrait à genoux n'importe quel Etat", a-t-il plaidé, "c'est pourquoi nous demandons la solidarité".Concrètement, Rome demande la création d'un fonds de solidarité pour aider les pays d'accueil et "l'acceptation du principe du partage du fardeau, mais sur ce dernier point, je ne me fais pas d'illusion", a reconnu M. Maroni.Les premières réactions de ses partenaires du nord de l'Europe ont confirmé ce sentiment.Ses homologues suédois, Tobias Billström, et allemand, Thomas de Maizière, ont accusé les dirigeants italiens de crier au loup en prédisant un "exode biblique". "Nous n'avons pas encore vu d'afflux de réfugiés. La Libye pourrait sombrer dans une guerre civile et alors nous serions confrontés à une fuite massive, mais ce n'est pas encore le cas et nous espérons que cela ne va pas se produire", a soutenu M. Billström. Il ne faut pas provoquer l'afflux en en parlant", a pour sa part déclaré Thomas de Maizière.Le ministre belge Melchior Wathelet a abondé en ce sens. "On ne doit pas jouer à se faire peur en lançant des chiffre dingues", a-t-il estimé. "Mais en même temps, on doit aussi être prêts au niveau européen à être solidaire avec des pays qui devraient faire face à des situations extrêmement dangereuses et difficiles", a-t-il averti. "Les réfugiés n'arrivent pas en Italie, mais en Europe par l'Italie et pour cette raison l'Union européenne doit les prendre en charge", a en revanche estimé le ministre espagnol Alfredo Rubalcaba.Tous ne partagent pas cet avis. La France se montre ainsi très réservée sur un partage de la prise en charge des réfugiés et des migrants économiques. L'Union européenne se retrouve une fois de plus divisée face à une crise potentielle entre les pays du Nord et ceux du Sud, dont les frontières sont vulnérables. Et le ton est parfois très dur."L'Allemagne a eu l'an dernier environ 40.000 demandeurs d'asile, la petite Suède 30.000, la Belgique 20.000 et l'Italie 7.000. L'Italie fait face à un défi, mais n'est en aucun cas submergée" a jugé l'Allemand Thomas de Maizière. L'Italie doit pour l'instant gérer plus de 5.500 Tunisiens non demandeurs d'asile arrivés sur l'île de Lampedusa après la chute du président Ben Ali pour tenter de trouver un travail dans l'UE . "Nous pensons que 5.000 personnes à Lampesuda est un chiffre que l'Italie peut gérer toute seule", a affirmé l'Autrichienne Maria Fekter.Roberto Maroni a regretté ce dialogue de sourds. "La Tunisie n'est pas le problème. Le problème c'est la Libye", a-t-il insisté. "Ce matin, Al-Qaïda a dit soutenir les rebelles et être contre Kadhafi. Je suis très préoccupé par cela", a-t-il précisé.

 

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