[Les Sarthois du Tour] Raymond Guilmin, le gendarme promu commissaire

0 21.11.2011 10:07

Une drôle d’histoire pour Raymond Guilmin, ancien adjudant de gendarmerie. À bientôt 91 ans (il les fêtera le 30 juillet), ses propos n’acceptent pas la moindre ride quand il parle vélo.Une mutation vécue dans la Sarthe, où il est encore un acteur apprécié du Circuit de la Sarthe Pays de la Loire depuis 57 ans. « Tout est parti de là. Je venais d’être promu comme patron de la brigade des motards du Mans basée à la Cité des Pins. C’était le 3e Circuit de la Sarthe avec les pionniers René Vincent et Lucien Dreux. Je me suis aperçu qu’on n’avait que trois motards dans l’escorte. J’ai insisté auprès de ma hiérarchie pour doubler leur nombre. » Raymond venait de mettre le pied à l’étrier. Ou plutôt au cale-pied. « Les responsables du cyclisme ont apprécié. Et quand à 48 ans, j’ai dû abandonner la moto (c’était la règle pour les gendarmes), ils ont souhaité me faire un cadeau. Mais pas question dans l’armée. » La suite est un vrai roman d’exception avec la même volonté de privilégier le dialogue serein à la répression butée.« Le Tour, c’est tout ou rien »Il ne serait pas déçu. « J’ai simplement demandé au président du comité de Normandie M. Dardanne de me faire suivre une étape du Tour. Mais il ne l’a pas pris comme ça. Il m’a dit : vous passez vite l’examen de commissaire. Et le Tour, ce sera tout ou rien. » La suite s’est égrenée comme un long chapelet d’étapes. « Tout de suite, on m’a installé au contrôle des signatures. » Quel rôle précisément ? La poignée de mains à chaque coureur tous les matins avant qu’ils ne paraphent la liste des engagés. Une première séquence de sept ans (1966-1972), une seconde de quinze (1978-1996). Et forcément quelque temps très forts.La tragédie SimpsonPersonne n’a oublié la tragédie de Tom Simpson, disparu à 29 ans sur le Mont Ventoux (13 juillet 1967). L’Anglais avait zigzagué, été remis sur le vélo avant d’être irrémédiablement happé par le bitume surchauffé. Il ne serait pas réanimé. « Un mort sur le Tour, c’est le plus effroyable, le plus révoltant. J’avais discuté avec lui une vingtaine de minutes avant le départ, il respirait la santé et la joie de vivre.Quelques heures plus tard, c’était l’affreuse nouvelle. J’ai suivi tous les efforts du staff médical pour le ramener à la vie. Je suis resté aussi auprès de son équipe Peugeot, elle est repartie avec une immense dignité. » En hommage au flegmatique champion britannique.Huit secondes fatales à FignonFabuleux pour les spectateurs, insoutenable pour les acteurs, l’épilogue du Tour 1989 avec ce mano a mano au contre-la-montre entre Fignon et LeMond. « Je suivais Laurent, je l’ai même remis en selle quand il a glissé. Mais il ne cessait de perdre ces précieuses secondes. » L’Américain avait le dernier mot. « Et je ne cache pas que tout le monde pensait à Laurent. » Un final pour l’éternité.La légende du Tour s’est ainsi écrite pour Raymond, le gendarme devenu commissaire. Christian LOUIS

 

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