Les énigmatiques statues-menhirs du sud, casse-tête de la conservation

0 18.11.2011 09:44

Les statues-menhirs sont-elles à tout le monde ou à ceux qui les découvrent ? Leur place est-elle au musée ou dans leur environnement d'origine ? Ces questions, ce n'est pas en Bretagne qu'elles se posent, mais à Rodez, dans l'autre pays des menhirs.Ou plus précisément des statues-menhirs, fascinantes représentations anthropomorphes vieilles de 5.000 ans dont le musée Fenaille de Rodez offre à partir de jeudi une exposition exceptionnelle, réunissant 17 pièces de son propre fonds et 11 autres jamais présentées au public."L'Aveyron compte à lui seul plus de dolmens que la Bretagne réunie", dit Michel Maillé, éleveur et préhistorien autodidacte sur les travaux duquel s'appuie la manifestation.Les vestiges de l'Aveyron ne sont pas aussi vieux et monumentaux que ceux de Carnac (Morbihan), reconnaît-il. Mais la région possède un patrimoine unique et énigmatique datant de cette période où l'homme commence à sortir de l'âge de pierre pour travailler le cuivre (le chalcolithique, de - 3.500 à - 2.200 av. J.-C.): 145 statues-menhirs, peut-être plus, admirées par l'artiste Pierre Soulages, enfant de Rodez.L'outil a sculpté ou gravé dans les blocs de grès ou de granit des ronds pour figurer les yeux ou les seins, des traits pour représenter les bras, la ceinture, le collier, parfois un manteau, rarement la bouche.C'est la première fois que l'Homme se représente en taille réelle ou monumentale (la Pierre Plantée des monts de Lacaune fait 4,5 m) en distinguant les deux sexes, dit le responsable des collections de Fenaille, Aurélien Pierre. Fait extraordinaire, certaines statues ont changé de sexe quand quelqu'un a décidé de les féminiser ou, dans un seul cas, de les masculiniser.L'exposition, dit-il, livre au public les dernières réponses, très hypothétiques, de la recherche sur un "des grands mystères de l'archéologie, parce que les statues ont été retrouvées en dehors de tout contexte", lors de travaux des champs ou de démolition de bâtiments.L'une des hypothèses est qu'à une époque où l'Homme vit sédentaire dans des villages et où la société devient plus complexe, il a voulu immortaliser des ancêtres mythologiques, dit M. Maillé.Il avoue que c'est une interprétation aléatoire: "Si dans 10.000 ans, on trouvait un personnage crucifié sur une croix, quelle conclusion en tirerait-on sur ce que nous sommes ?"L'exposition veut aussi contribuer à l'effort de conservation. Sur les 145 statues identifiées, une grande majorité appartient à des collectivités ou des particuliers jaloux de leur bien. Or les statues sont fragiles. Certaines sont toujours in situ, comme la Pierre Plantée, rendue quasiment illisible par l'érosion.Certains propriétaires se mettent en tête de regraver eux-mêmes une pierre usée."Il n'y a pas 36 solutions pour la protection des mégalithes: il faut les mettre à l'abri et, pour les restituer dans leur environnement, il faut faire des copies", dit M. Maillé.L'exposition de Rodez offre une chance de rapprochement avec les propriétaires et la perspective de partenariats, selon Aurélien Pierre.Mais maints locaux craignent d'être dépouillés d'un patrimoine redécouvert récemment et qui fait venir du monde.Miolles (Tarn) a refusé de prêter à Rodez une de ses deux statues, magnifique, exposée dans un petit musée en face de l'église."La pression est forte. Beaucoup de musées l'ont demandée. J'ai même reçu un coup de fil du Louvre", dit le maire Thierry Vieules.Au village, "on a fait des réunions. Les gens ont dit: tu nous laisses ça ici. Il y a des moulages. Ils n'ont qu'à se servir des moulages", raconte-t-il.L'exposition s'achève le 31 octobre.

 

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