Le rapport de l'ONU sur les crimes en RDC évoque la "possibilité de génocide"

0 21.11.2011 09:40

L'ONU a publié vendredi un rapport controversé énumérant une longue liste d'atrocités commises en République démocratique du Congo (RDC) de 1993 à 2003 par plusieurs pays africains, estimant que l'armée rwandaise avait commis des crimes qui pourraient être qualifiés de "génocide".Le rapport de l'ONU affirme que les attaques des forces rwandaises contre des réfugiés hutu "pourraient être qualifiées de génocide" si ces actes étaient prouvés "devant un tribunal compétent". Le rapport a été dénoncé avec virulence par le Rwanda et l'Ouganda mis en cause dans le document. "Les attaques apparemment systématiques et généralisées (...), ayant ciblé de très nombreux réfugiés hutu rwandais ainsi que des membres de la population civile hutu et causé leur mort, révèlent plusieurs éléments accablants qui, s'ils sont prouvés devant un tribunal compétent, pourraient être qualifiés de crime de génocide", écrit l'ONU dans son rapport.Le Rwanda a "rejeté catégoriquement" ce rapport dans un commentaire officiel joint au rapport de l'ONU publié en ligne vendredi.En outre, le gouvernement rwandais accuse les auteurs du rapport de chercher à "valider la théorie du double génocide", selon laquelle les massacres de réfugiés hutus rwandais en RD Congo en 1996-1997 seraient à mettre sur le même pied que le génocide contre les Tutsi perpétré en 1994 par le régime extrémiste hutu alors au pouvoir à Kigali."Le désir de valider la théorie du double génocide est présent en permanence à travers le rapport de l'ONU en +mettant en miroir+ les acteurs, l'idéologie, et les méthodes employées pendant le génocide rwandais de 1994", écrit le gouvernement rwandais.L'ONU relève de son côté que "ces attaques se sont déroulées dans chaque localité où des réfugiés ont été débusqués par l'AFDL/APR (Alliance des Forces Démocratiques pour la libération du Congo-Kinshasa/Armée Patriotique Rwandaise) sur une étendue très vaste du territoire".Ces Hutu s'étaient réfugiés en RD Congo en raison de l'arrivée au pouvoir en 1994 à Kigali de la rébellion du Front patriotique rwandais (FPR) qui avait mis fin à un génocide ayant fait environ 800.000 morts, selon l'ONU, surtout parmi la minorité tutsi.L'AFDL était dirigée par Laurent-Désiré Kabila, qui s'autoproclamera président de la RD Congo en mai 1997 après avoir reversé le maréchal Mobutu. Son fils Joseph Kabila, l’actuel chef de l'Etat, était présent dès le début de la rébellion au côté de son père.Fruit d'une enquête menée de juillet 2008 à juin 2009, le rapport de l'ONU (550 pages), dresse l'inventaire de 617 crimes graves ayant fait des dizaines de milliers de morts civils de 1993 à 2003 dans l'ex-Zaïre et plus particulièrement pendant les deux guerres de 1996-1998 et 1998-2001.A New York, l'ambassadeur de la RD Congo à l'ONU a réclamé "justice" au nom de son pays, "consterné" par l'étendue des crimes perpétrés et révélés dans le rapport de l'ONU.L'Angola et le Burundi ont également "rejeté" catégoriquement le rapport de l'ONU. Le gouvernement angolais a officiellement nié "les affirmations selon lesquelles les unités des Forces armées angolaises (FAA) auraient été impliquées dans des actes contraires à sa mission".Dans sa préface, la Haut commissaire aux droits de l'homme, Navi Pillay, note que le "rapport bien qu'il ne vise ni à établir de responsabilités individuelles ni à jeter le blâme" reproduit "les récits souvent choquant de tragédies vécues par les victimes et témoins".Il se veut, assure-t-elle, "un premier pas vers un processus de vérité parfois douloureux mais nécessaire". Mme Pillay a souligné qu'il est "important de rappeler que le rapport porte sur la RDC, ainsi que sur la conduite des États voisins sur le territoire de la RDC".Le responsable de l'Afrique à Amnesty International, Erwin Van Der Borght, estime pour sa part "assez scandaleux que des pays africains dénigrent le travail de l'ONU"."C'est un pas en arrière si les pays voisins rejettent le rapport parce qu'ils ont clairement un rôle à jouer" et "certaines de leurs forces étaient directement mêlées au conflit en RDC," rappelle-t-il.Carina Tertsakian de Human Rights Watch exhorte à une "réponse sérieuse de l'ONU et de ses membres". "Le Conseil de sécurité de l'ONU, selon elle, devrait formellement discuter du rapport et insister pour que tous les pays impliqués aident aux efforts de faire justice".

 

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