Le procès de Jérôme Kerviel en direct

0 21.11.2011 10:01

18h37 - L'AUDIENCE EST LEVEE - Reprise demain à 13h30 avec les plaidoiries des parties civiles. Après les réquisitions jeudi et les plaidoiries de la défense vendredi, le jugement sera mis en délibéré. Outre les dommages et intérêts réclamés par la banque, Jérôme Kerviel, 33 ans, encourt cinq ans de prison et 375.000 euros d'amende pour introduction frauduleuse de données dans un système automatisé, faux et usage de faux et abus de confiance. 18h30 - Pas jaloux - Question des parties civiles au prévenu: voulait-il briller par ses résultats? "Je n'étais absolument pas jaloux. Je n'ai jamais eu la prétention d'être un trader star. Des gens plus brillants que moi, il y en avait des tonnes. Les bonus, même si on ne crache pas dessus, ce n'est pas ce que je cherchais", assure Jérôme Kerviel, qui répète avoir aimé se lever pour faire gagner de l'argent à la banque. Alors, un "acte d'amour" pour la Société Générale, poursuit Me Daniel Richard, un avocat des parties civiles. "Je n'irai pas jusque là, je voulais juste faire mon travail le mieux possible", répond l'ex-trader. Fin de son dernier interrogatoire, qui a duré moins de 30 minutes, comme si tout le monde savait qu'il n'y avait rien à obtenir de plus que ces antiennes. Le mystère Kerviel reste entier.18h25 - Ultime perche - "Tout se sait, tout se voit et tout s'entend" dans une salle de marché, répète encore le prévenu. "Vous n'avez pas d'autres choses à dire au tribunal?, lui demande Dominique Pauthe, qui reste, et restera, sur sa faim. C'est le moment, la dernière perche que je vous tends!" - "Non. " - "Donc on sait tout pour vous?" - "Oui, je pense." - "Pas de mystère Kerviel?" - "Pas de mystère Kerviel, de mon point de vue" - "Il y a pourtant une affaire Kerviel...". Ce sera l'ultime question du président.18h20 - Emulation intellectuelle - "Etiez-vous fait pour être trader?": le président du tribunal profite du dernier interrogatoire pour tenter, enfin, de percer la personnalité de Jérôme Kerviel. Réponse de l'interessé: "Probablement que non. " - "Qu'est-ce qui vous passionnait?" - "Les aspects techniques, l'économie, l'émulation intellectuelle, le fait de rechercher des stratégies", énumère le prévenu avec une spontanéité qui ne lui est pas habituelle.18h15 - Dur à rembourser - Ping-pong entre le président Pauthe et le prévenu: "On vous réclame 5 milliards (montant des dommages et intérêts correspondant aux pertes de la SocGen dont il est à l'origine), ça vous fait quoi?" - "J'aurais du mal à rembourser." - " Est-ce que c'est à la hauteur de ce que vous avez fait?" - "Je mourrai avec ça. J'ai conscience d'avoir été trop loin. Maintenant, je trouve un peu simple la position de la Société Générale qui veut m'imputer l'entière responsabilité de ce qui s'est passé."18h05 - Enigme - Le tribunal entame l'interrogatoire conclusif du prévenu. " Nous n'avons pas été avares en écoute, estime le président Pauthe. Mais il nous manque la réponse à une question posée le premier jour: qui êtes-vous M. Kerviel?". Réponse maladroite de Jérôme Kerviel, ébloui par un rayon de soleil qui traverse la salle. "Dans le cadre du dossier?" - "Non, qui êtes-vous?" - "Quelqu'un qui a essayé de faire son travail dans l'intérêt de la banque. Quelqu'un qui reconnaît ses fautes, qui est sorti de la spirale. Mais, sans l'aval de ma hiérarchie, cela ne pouvait pas se faire." Au terme de 10 jours d'audience, la personnalité de l'ex-trader, comme ses motivations, restent une énigme.18h00 - Le tribunal remercie Daniel Bouton, qui quitte la salle, escorté par des journalistes.Incident - Me Olivier Metzner évoque le suicide d'un salarié en 2007. "J'ai la mémoire défaillante", dit Daniel Bouton. "Je comprends que cela ne vous ait pas marqué", le provoque l'avocat. L'ex-Pdg de la SocGen sort de ses gonds et lui demande de retirer sa phrase. Refus de l'avocat. "Est-ce que vous croyez que je ne suis pas dramatiquement touché par un épisode de ce type?!", crie Bouton.Lapsus - Tenace, Me Olivier Metzner poursuit son interrogatoire de l'ex-n°1 de la banque. L'avocat le cuisine sur la pratique des opérations fictives. "Ca veut dire quoi +ajustement comptable+?". Réponse un peu agacée de Daniel Bouton: "Ca veut dire, mon cher..." avant de se reprendre "Enfin, Monsieur le président...". Rires dans la salle des Criées. "Désolé, je n'ai pas beaucoup d'expérience" des tribunaux, s'excuse, sourire aux lèvres, le témoin.17h30 - Génial ou débile - Me Olivier Metzner, l'avocat de Jérôme Kerviel, entre en piste. "Puisque vous êtes là, j'ai plaisir à m'entretenir quelques instants avec vous, lance l'avocat, connu pour ses interventions mordantes. Vous avez demandé pourquoi Jérôme Kerviel avait fait tout ça. Vous avez employé les mots génie et débile...". Réponse du tac au tac de Daniel Bouton: "C'est extrêmement simple: le génie, c'est le génie de la dissimulation. Débile, c'est le montant de la spéculation de Jérôme Kerviel."17h25 - Télépathie - Un autre avocat représentant des salariés et retraités demande à Daniel Bouton si, "après coup", il ne regrette pas. "Bien entendu que je regrette (...) Je n'ai pas eu le génie de communiquer par télépathie avec Jérôme Kerviel et de connaître les positions monstrueuses qu'il allait prendre", répond Bouton tout en gardant son sérieux.17h20 - Ouragan - Nouvelle métaphore dans la bouche de Daniel Bouton: "150.000 personnes (les salariés de la SocGen) ont traversé un ouragan force 10, déclare l'ex-patron. Les 150.000 se sont battus de manière formidable, pour que la Société Générale apparaisse aujourd'hui comme une des banques européennes qui a bien résisté à la fraude et à la crise".17h15 - Salariés perdants - Me Richard Valeanu, qui représente des salariés et retraités de la banque, interroge Daniel Bouton. Il estime que ses clients ont perdu beaucoup d'épargne salariale à cause de l'affaire Kerviel. "Ces 5 milliards (de perte) appartiennent pour 7% aux salariés. C'est une image, la banque est une personne morale, ce sont les actionnaires qui ont perdu. Prévoyez-vous un dédommagement" pour leur préjudice?, demande-t-il. "Nous avons des millions d'actionnaires tous égaux. Je ne pense pas qu'il faille un dédommagement pour une catégorie spécifique d'actionnaires", lui rétorque l'ancien Pdg.17h10 - Rêve étrange - Daniel Bouton reprend la parole après Kerviel, soudain lyrique: "Je fais souvent un rêve étrange, confie-t-il. Avant la fin de ce procès, par égard pour les Français qui suivent ce procès, les Bretons qui le soutiennent, les blogueurs qui le décrivent comme un Robin des Bois, j'aimerais qu'il reconnaisse deux choses", dit l'ex-Pdg. La première, "oui, j'ai menti, oui, j'ai fait ça tout seul. Jamais, ni directement ni indirectement, ma hiérarchie ne m'a poussé à prendre ces positions". La deuxième: "qu'il puisse nous dire in fine ce qu'il a voulu faire. Il doit une explication à 150.000 anciens collègues. Il a failli faire couler une maison de 150.000 personnes".17h00 - L'antienne de Kerviel - "Depuis 3 semaines, je reconnais mes erreurs", dit Jérôme Kerviel. Mais le prévenu reprend son leitmotiv, sous le regard de son ex-Pdg, d'une voix toujours difficilement intelligible. "Maintenant, ceci étant, l'idée selon laquelle personne n'était au courant de rien n'est pas crédible non plus. Quand ça gagnait, ça rentrait dans mon mandat, quand ça perdait, ça n'y était plus. Moi seul, trader isolé, dans une banque où toutes les opérations sont contrôlées une à une: ce n'est pas crédible", affirme-t-il de nouveau, tout en admettant que son attitude a été "débile".16h50 - Terroriste - Interrogé sur l'adjectif "terroriste" qu'il avait employé à l'époque pour qualifier le trader, Daniel Bouton se défend: "Ce qui s'est passé, c'est que nous avons eu peur, parce que le dimanche à 15h00, nous avons découvert une position de 50 milliards. Nous n'avons alors aucune raison de croire M. Kerviel puisqu'il nous ment. Cela explique non que j'aie traité Jérôme Kerviel de +terroriste+, mais qu'il y avait cette hypothèse: c'est un escroc, un fraudeur, un terroriste. Criminel est un mot du code pénal. Je m'abstiens de l'utiliser, je suis nul en pénal", plaisante le témoin.16h45 - Première erreur - Le président s'interroge: le personnel était-il formé à la prévention de la fraude? "La première des erreurs a été d'embaucher quelqu'un dont le profil psychologique a débouché sur ce que l'on sait, lance Daniel Bouton. Je ne pense pas qu'aucun système ait résisté aux mensonges de Jérôme Kerviel, à ces mensonges d'une qualité exceptionnelle."16h40 - Enfanter un monstre - En moins d'une demi-heure, Daniel Bouton a livré son témoignage d'une voix claire. Le président du tribunal Dominique Pauthe ouvre le bal des questions: "La banque a-t-elle produit en son sein le mécanisme qui allait provoquer sa perte?" - "C'est tout le génie du fraudeur: inventer une activité hors mandat", répond le témoin.16h35 - Ambidextre - Daniel Bouton évoque les messages échangés par Jérôme Kerviel avec son ami, le courtier Moussa Bakir, peu avant la découverte de la fraude. "Il a conscience que les contrôles se rapprochent, analyse l'ex-PDG de la banque. De la main gauche il envoie des SMS à son ami. Et de la main droite, il continue d'augmenter une position qui est mortelle. Pourquoi? Je n'ai pas lu la réponse à cette question dans les comptes-rendus d'audience".16h30 - Shadok - "Je suis persuadé que la Société Générale n'a pas vu, et que les supérieurs hiérarchiques (de Jérôme Kerviel) n'ont pas vu", assure Daniel Bouton, au contraire de l'ancien trader qui affirme que ses supérieurs étaient au courant et l'ont laissé faire. "C'était comme une machine shadokienne, qui pompait, pompait, pour obtenir un petit filet d'eau. Le trader a pris des risques dans des proportions invraisemblables pour un résultat..." La phrase reste en suspens.16h25 - Confiance - "Ce n'est pas le métier d'une banque de jouer son destin sur la hausse ou la baisse des cours": l'ex-patron de la banque plante le décor. Le dimanche 20 janvier 2008, quand les positions de 50 milliards sont découvertes, la situation est critique, il faut réagir vite. "Nous ne pouvions pas supporter de telles positions, explique Daniel Bouton, dont le débit est rapide. Pas pour des questions de ratio, mais parce que la banque doit avoir de la conscience. La Société Générale aurait perdu la confiance, c'est ce qui a conduit à la chute de banques comme Dexia ou Fortis". Que faire alors? D'abord régler le problème, dit-il en substance. "La meilleure solution, c'est de liquider la position et de l'annoncer aux marchés en même temps que l'augmentation de capital".16h20 -"10 étages s'écroulent". Daniel Bouton explique que la Deutsche Bank, consultée, dit ne pas avoir entendu parler des écritures passées par Jérôme Kerviel. "Là, c'est une catastrophe, se souvient l'ancien Pdg. On est face à quelqu'un qui sait mentir, dissimuler, faire de fausses écritures". Le soir même, le profit d'1,4 milliard est découvert. Mais ce n'est qu'un début. "Le lendemain matin, à 11h00, Jean-Pierre Mustier (ancien patron de la banque de financement et d'investissement de la SocGen, ndlr), un des hommes les plus droits que je connaisse, entre dans mon bureau avec une tête que je ne peux pas reproduire. Il annonce qu'il y a des positions dissimulées de 50 milliards. Dix étages de plancher s'écroulent sous nous"16h10 - "Catastrophe" - La découverte en janvier 2008 de la "fraude" imputée à Jérôme Kerviel a été une "catastrophe", dit Daniel Bouton, 60 ans.16h05 - Heureux - A posteriori, l'ancien patron de la SocGen se dit "heureux de venir témoigner, au vu de ce qu'il a lu" comme comptes-rendus d'audience dans la presse. Il entend raconter "ce qu'il a vécu" à partir de la découverte de la fraude et en revient à ce "samedi matin de janvier (le 19 janvier 2008), au 35ème étage de la tour de la Défense". Il est dans les murs pour préparer un conseil d'administration fixé au dimanche soir. "On est alors en pleine crise de liquidités, il fallait l'annoncer aux marchés", explique-t-il. "C'est là qu'arrive une nouvelle absolument extraordinaire, au sens littéral du terme. On vient de découvrir qu'il y a des faux".16h01 - ARRIVEE DE DANIEL BOUTON - L'ancien patron de la SocGen entre dans la salle, escorté par les cris des journalistes dans la salle des pas perdus. Le président l'engage à s'approcher du "micro qui fait office de barre, avec deux R, E", précise-t-il dans un sourire. L'ex-PDG de la SocGen annonce être désormais consultant et avoir une "petite entreprise de conseil".15h40 - DANIEL BOUTON ATTENDU VERS 16H00 - C'est le point d'orgue de cette 10e journée d'audience. Daniel Bouton, ex-Pdg de la Société Générale, qui avait notamment qualifié le trader de "terroriste" et d'"escroc" à l'époque des faits, doit témoigner avant le dernier interrogatoire du prévenu. Les avocats des parties civiles ayant réclamé sa présence souhaitent demander "quelles valeurs" la Société Générale "enseignait à ses traders" et évoquer "les années Bouton, qui ont été les années fric". Convocation discutée - La présence de Daniel Bouton au procès n'a pas été demandée par la défense, consciente qu'il n'était pas personnellement au courant de ce que faisait Jérôme Kerviel, ni par les avocats de la banque, qui la jugeaient "ridicule". Mais elle a été réclamée par les avocats de cinq salariés ou retraités actionnaires de la banque, parties civiles. Le président du tribunal, Dominique Pauthe, a tranché et requis sa présence.Sans les honneurs - Après onze ans à la tête de la Société Générale, dont il a contribué à faire l'un des fleurons de la finance mondiale, Daniel Bouton a quitté la banque fin avril 2009 sans les honneurs, après une série de scandales liés notamment aux rémunérations de ses dirigeants. Après l'affaire Kerviel, il a été très critiqué, y compris par le chef de l'Etat qui estimait anormal qu'un dirigeant reste en place après un tel "dysfonctionnement". Nicolas Sarkozy a d'ailleurs confirmé en janvier dernier avoir demandé sa démission.Faillite potentielle - Plusieurs témoins, dont un ancien président et un ancien secrétaire général de l'Autorité des marchés financiers, ont déclaré que la banque était dans l'obligation de liquider les 50 milliards d'euros de positions de Kerviel. Maxime Kahn, le trader qui a assumé le débouclage de ces positions, l'a affirmé ce matin devant le tribunal: la Société Générale était en "faillite potentielle" et n'avait d'autre choix que de "déboucler". "C'est une position insolvable, donc interdite", a estimé le trader.Eberlué - Maxime Kahn, le trader qui a opéré le débouclage des positions prises par Jérôme Kerviel, a expliqué ce matin au tribunal que cette tâche lui avait été présentée comme "une opération client". "J'ai vite compris que ce n'était pas ça, a-t-il raconté. Mais jamais je n'ai pu envisager qu'il s'agissait de positions prises de façon frauduleuse pour des montants astronomiques - 25.000 fois le risque moyen que prend un trader!-. J'ai découvert ça, éberlué, en même temps que la presse, le jeudi matin". Maxime Kahn est décrit par Jérôme Kerviel dans son ouvrage comme "le trader star de la banque, un pro de chez pro".Débouclage - Après la découverte des positions colossales engagées par le trader, la direction de la banque décide d'opérer dans le plus grand secret, mais avec l'aval de l'Autorité des marchés financiers et de la Banque de France, le débouclage (la liquidation) de ces positions. La tâche, qui sera effectuée en trois jours, entre le lundi 21 et le mercredi 23 janvier 2008, est confiée à un trader, Maxime Kahn.10e journée d'audience au procès de Jérôme Kerviel - Avant la venue attendue de l'ancien Pdg de la Société Générale Daniel Bouton, 43e et dernier témoin cité dans ce procès hors-norme, le tribunal examine depuis ce matin le "débouclage" (la liquidation) des positions de 50 milliards d'euros de l'ex-trader, qui ont abouti à la perte historique de 4,9 milliards d'euros annoncée par la SocGen le jeudi 24 janvier 2008. Demain, place aux plaidoiries des parties civiles, avant les réquisitions jeudi. La défense fermera la marche vendredi et le jugement sera mis en délibéré.

 

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