Le Prix Médicis à Maylis de Kerangal, architecte des mots

0 21.11.2011 10:32

"Naissance d'un pont" de Maylis de Kerangal, roman à l'architecture puissante sur la folle construction d'un nouveau Golden Gate dans une Californie imaginaire, a obtenu mercredi le Prix Médicis dès le premier tour de scrutin.Le Médicis étranger a été attribué à l'Américain David Vann pour son premier roman, "Sukkwan Island" (Gallmeister), déjà primé par les lecteurs de l'Express en mai.Les deux lauréats sont intimement liés à la mer : la romancière française est fille et petite-fille de capitaines au long cours et l'écrivain américain a longtemps gagné sa vie en naviguant."Je suis très heureuse. C'est un prix extraordinaire, très prestigieux, et je vais tenter de lui correspondre", a confié à l'AFP Maylis de Kerangal.Dominique Fernandez, membre du jury, a salué, en "Naissance d'un pont", "un livre innovant, une très belle langue". L'Académicien a indiqué avoir aussi défendu bec et ongles "Sukkwan Island", "un livre qui parle, qui dit, qui chante".Née au Havre en 1967, Maylis de Kerangal part à l'abordage de la littérature lors d'une visite au Salon nautique de Paris où elle est venue proposer des articles d'ethnographie maritime à une revue. Elle en profite pour déposer un CV sur le stand Gallimard...Embauchée par l'éditeur, elle participe avec Pierre Marchand à l'aventure des Guides Gallimard, travaille sur d'autres collections documentaires puis devient éditrice pour les éditions du Baron perché.La jeune Bretonne publie son premier roman, "Je marche sous un ciel de traîne", en 2000. Puis ce sera "La vie voyageuse", en 2003, et un recueil remarqué, en 2006, "Ni fleurs ni couronnes".Paru en 2008, son précédent roman, "Corniche Kennedy" (Verticales), dont le motif central consistait en des plongeons d'adolescents désoeuvrés à Marseille, s'était déjà retrouvé dans la sélection de nombreux prix.Dans "Naissance d'un pont", Maylis de Kerangal raconte la construction d'un pont suspendu dans la ville imaginaire de Coca, en Californie, coincée entre rêve et économie mondialisée, à partir des destins croisés d'une dizaine d'hommes et de femmes, dont le chef du chantier Georges Diderot.Le nouveau maire, surnommé "Le boa", veut sortir sa ville de la somnolence pour en faire une cité du troisième millénaire. Comment ? En construisant un nouveau Golden Gate qui désenclaverait Coca et l'ouvrirait au monde.Ambitions, cupidité, amours, agressions, attentat raté, paysages, machines, plans de carrière et classes sociales, corps de métiers et corps de chair, tout s'entremêle dans ce roman-fleuve "à l'américaine".La construction de l'ouvrage suit celle de l'édifice. Et c'est lorsque les multiples éléments du pont s'assemblent que les différentes parties du roman se hiérarchisent et s'emboîtent.Le Médicis étranger s'est lui aussi réjoui de sa récompense. Ce Prix "est la plus belle chose qui me soit jamais arrivée", a déclaré à l'AFP David Vann, né en 1966 en Alaska, et qui enseigne aujourd'hui à l'Université de San Francisco. Pendant 12 ans, il avait cherché en vain à se faire publier aux Etats-Unis.Son livre paraît finalement en 2008 aux presses de l'université du Massachusetts. Depuis sa sortie en France, en janvier, il s'est vendu à plus de 80.000 exemplaires. "Sukkwan Island" est en cours de traduction dans huit langues, soit 45 pays, et doit être adapté au cinéma.Le prix Médicis "essai" a par ailleurs couronné Michel Pastoureau pour "Les couleurs de nos souvenirs" (Seuil).

 

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