Le gouvernement tunisien, confronté à une crise de confiance, joue sa survie

0 21.11.2011 13:35

Confronté à une grave crise de confiance, le gouvernement transitoire tunisien peine à trouver ses marques et joue sa survie face à des manifestants qui ne cessent de réclamer sa démission, annonçant des mesures qui semblent dépassées face aux revendications de la rue. Dans une "Tunisie qui vit une situation exceptionnelle, le gouvernement de transition brille par une série de cafouillages et navigue à vue sous la pression de la rue", estime un politologue tunisien, Laarbi Chouikha.Cet universitaire "regrette l'absence d'une véritable politique et d'une stratégie de communication" du gouvernement qui joue son avenir en étant confronté "à une grosse méfiance populaire" alors qu'il doit d'organiser les élections de l'après-Ben Ali.Or, selon lui, "la rue ne doit pas dicter la politique du gouvernement car face à cette confusion, n'importe qui peut demander n'importe quoi en disant +je parle au nom du peuple+".Plus de 100.000 personnes, mobilisées via Facebook, ont réclamé vendredi le départ du gouvernement de transition dirigé par Mohammed Ghannouchi au cours de la plus grande manifestation à Tunis depuis la chute de l'ancien président Zine El Abidine Ben Ali, le 14 janvier.Alors que la manifestation battait son plein, le gouvernement ignorant les appels à la démission, annonçait en fin d'après-midi la tenue d'"élections au plus tard mi-juillet" sans préciser s'il s'agissait d'un scrutin présidentiel ou législatif.Dans la foulée, le gouvernement annonçait la saisie des biens mobiliers et immobiliers ainsi que des avoirs de 110 anciens collaborateurs et membres de la famille du président déchu, dont son fils de 6 ans."Le gouvernement n'est pas à l'écoute de la rue, il aurait fallu que Ghannouchi s'adresse au peuple vendredi soir et exprime la position de son gouvernement sur ce qui se passe dans le pays", estime un autre universitaire, Ridha Hamdi.Il existe, selon lui, "un fossé entre le peuple et ses dirigeants qui ne sert que les intérêts des partisans de l'ancien régime. La grande question est de savoir si le gouvernement fait la sourde oreille pour gagner du temps ou s'il est complètement dépassé".Depuis la fuite en Arabie saoudite du président Ben Ali, un gouvernement de transition dirigé par son ancien Premier ministre Ghannouchi et comprenant des membres de l'ex-opposition a promis de consacrer pluralisme et démocratie.Devant l'insécurité, ajoutée au mécontentement social face à l'absence d'amélioration dans le quotidien des Tunisiens, la mobilisation de la rue n'a pas faibli.Selon l'avis d'un magistrat indépendant, Mokhtar Yahyaoui, "les revendications politiques doivent s'excercer au sein des institutions politiques et non dans la rue"."Les manifestants font du chantage, ou bien le gouvernement tombe ou ils bloquent le pays, ce n'est pas la démocratie".Les manifestants, selon lui, "sont bien organisés politiquement et financièrement, il y a des gens bien structurés derrière eux, qui travaillent avec un agenda politique et leur intérêt est de semer le chaos"."Ils ont supporté le régime de Ben Ali pendant 23 ans et maintenant ils sont incapables d'attendre quelque mois, ce n'est qu'un gouvernement de transition", ajoute le magistrat, soulignant que "le gouvernement a échoué à établir une relation de confiance avec les citoyens" et estimant qu'il "aurait du demander l'extradition de Ben Ali et son épouse dès le début.Plus d'un mois après la chute du président, le gouvernement annonçait avoir demandé à Ryad son extradition ainsi que celle de son épouse, Leïla. Quelques jours plus tard, la télévision nationale annonçait la "découverte de grandes quantités d'argent et d'or" dans un ancien palais des Ben Ali.

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