Laetitia : les magistrats de Nantes se révoltent contre les accusations de Sarkozy

0 17.11.2011 18:11

Les magistrats de Nantes ont voté jeudi "une semaine sans audience" jusqu'au 10 février, un mouvement de protestation rarissime après de nouvelles mises en cause de la justice et de la police par le président Nicolas Sarkozy dans l'affaire Laetitia."C'est un écoeurement d'être attaqué comme çà", a déclaré une magistrate, illustrant la colère de ses collègues, relayée par les syndicats qui ont menacé d'organiser une journée nationale d'action le 10 février, avec un rassemblement à Nantes en point d'orgue.Pour calmer le jeu, le Garde des Sceaux, Michel Mercier, a proposé aux syndicats une rencontre pour évoquer le contenu des rapports administratifs sur ce dossier qui devraient être transmis en fin de semaine prochaine.Le ministre de l'Intérieur, Brice Hortefeux, estime dans un entretien à France Soir à paraître vendredi que d'éventuels "dysfonctionnements" ne pourraient pas "rester sans réponse. (...) C'est pour cela qu'avec le garde des Sceaux nous avons diligenté des enquêtes d'inspection. Au vu de leurs résultats définitifs, nous verrons quelles suites doivent leur être données."La décision du renvoi des audiences à Nantes, à l'exception des cas urgents, a été prise en assemblée générale à l'unanimité des présents, magistrats et fonctionnaires du palais de justice, moins une abstention."On a du mal à entendre qu'on fasse mal notre métier alors qu'on est impliqué", a déclarré Michèle Zanon, de Force Ouvrière Magistrats.Les magistrats ont reçu le soutien de l'ordre des avocats de la ville, mais aussi de syndicats de policiers, comme Synergie Officiers, et de syndicats de personnels pénitentiaires, comme la CGT Pénitentiaires."Une semaine de report d'audience c'est du jamais vu, mais les attaques dont nous venons de faire l'objet, c'est du jamais vu aussi", a commenté une magistrate.En visite jeudi à Orléans, le président Sarkozy a affirmé que les "dysfonctionnements graves" des services de police et de la justice qui ont permis la remise en liberté du principal suspect du meurtre de la jeune Laetitia à Pornic (Loire-Atlantique) seraient sanctionnés."Quand on laisse sortir de prison un individu comme le présumé coupable sans s'assurer qu'il sera suivi par un conseiller d'insertion, c'est une faute. Ceux qui ont couvert ou laissé faire cette faute seront sanctionnés, c'est la règle", a déclaré Nicolas Sarkozy."Il y a un dysfonctionnement" du suivi de Tony Meilhon comme de plusieurs centaines d'autres dossiers "dans la mesure où il y a un manque de moyens", a répondu Jacky Coulon, juge d'instruction et secrétaire de l'Union syndicale des Magistrats (USM) pour la Loire-Atlantique.Le secrétaire régional de la CGT pénitentiaire, Alexis Grandhaie, a estimé qu'"on cherche le lampiste" et qu'"il est plus facile de dire qu'il y a eu des fautes plutôt que d'avouer ses propres incuries".Au plan national, les syndicats de magistrats se sont dit "révoltés" par les propos de Nicolas Sarkozy. "Les propos du président de la République sont scandaleux (...), c'est du populisme de bas étage", a dit Christophe Régnard, président de l'USM (majoritaire).Selon Patrice Ribeiro, secrétaire général de Synergie (second syndicat des officiers de police) "on attend avec sérénité les conclusions des services d'inspection (...) mais compte-tenu des éléments qui sont à notre disposition dans cette affaire, il paraît peu probable qu'on puisse impliquer les services de police de quelque manière que ce soit".

 

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