Laetitia: la colère des magistrats nantais fait tache d'huile

0 21.11.2011 09:39

Le mouvement de protestation des magistrats nantais après les déclarations de Nicolas Sarkozy sur l'affaire Laetitia menaçait vendredi de faire tache d'huile, avec l'appel national à une suspension des audiences lancé par le principal syndicat de magistrats, l'USM."Nous appelons à la suspension des audiences partout en France jusqu'au mouvement national prévu jeudi 10 février avec notamment une grande manifestation à Nantes", a déclaré à la presse Nicolas Léger, secrétaire national de l'USM, venu soutenir vendredi les magistrats nantais.Le tribunal de Nantes fonctionne déjà au ralenti depuis jeudi après-midi, les magistrats ayant décidé d'une "semaine sans audience", et n'assurant que les audiences urgentes.L'ancienne ministre de la Justice Elisabeth Guigou s'est déclarée "indignée" par les déclarations du président de la République sur l'affaire Laetitia qui "dépassent les bornes", disant "comprendre la colère" des magistrats et personnels de justice."Je suis non seulement choquée mais indignée, parce que ce n'est pas la première fois que le président de la République s'en prend aux magistrats et aux fonctionnaires de justice", a déclarée la députée PS de Seine-Saint-Denis sur France Inter. "Là, ça dépasse les bornes. C'est une atteinte directe comme si M. Sarkozy voulait faire porter sur les personnels de justice la responsabilité de ce crime abominable et monstrueux".Au plan national, les hauts magistrats de la conférence des premiers présidents de cour d'appel ont exprimé vendredi leur "vive préoccupation devant la tentation de reporter sur les magistrats et fonctionnaires (...) la responsabilité des difficultés de fonctionnement" des tribunaux.Deux importants syndicats de policiers, le SNOP et Unité SGP-FO, respectivement majoritaire chez les officiers de police et premier syndicat des gardiens de la paix, ont également haussé le ton vendredi contre le président de la République.Le Syndicat national des officiers de police (Snop) dénonce la tentation pour le pouvoir politique de chercher des "lampistes", tandis que Unité Police SGP-FO dénonce une "mode qui consiste à rechercher à l'occasion d'événements médiatisés, pour satisfaire l'opinion publique, la responsabilité des serviteurs de l'Etat".A Nantes, les magistrats, dont certains arboraient un badge "vos droits en danger, magistrats mobilisés", sont passés dès 08H30 dans les salles d'audience pour expliquer aux justiciables le sens de leur mouvement et apposer sur les portes d'entrée le texte de leur motion adoptée la veille en assemblée générale.Les juges examinent tout de même les affaires à caractère urgent, celles en rapport avec une détention et celles liées à la protection des personnes, notamment les mineurs.Le procureur de la République Xavier Ronsin, en charge de l'affaire Laetitia, a ainsi prévenu que la grogne n'affectait pas l'enquête: "l'audition des parents biologiques, de la famille d'accueil, et de la soeur jumelle de Laetitia assistés de leurs avocats respectifs prévue lundi matin aura lieu tout à fait normalement et ne sera en rien affectée par le mouvement de protestation", a-t-il précisé dans un communiqué.Des assemblées générales sont prévues dès lundi dans la plupart des tribunaux du grand Ouest, notamment à Caen, Rennes et Coutances (Manche)."Avec plus d'une centaine de dossiers dans mon cabinet, j'ai fait des priorités. Peut être viendra-t-on me le reprocher un jour ?", s'interrogeait de son côté une juge d'instruction de Rennes qui fait part, avec d'autres collègues, d'"un écoeurement profond".La CGT pénitentiaire, le Syndicat des avocats de France (SAF) et le Syndicat de la magistrature (SM) de Loire-Atlantique ont jugé de leur côté "indigne" que le président de la République "laisse entendre de façon totalement démagogique que l'absence de prise en charge d'un suivi pour des seuls faits d'outrage à magistrat puisse avoir un lien déterminant avec la commission d'un crime aussi grave".En visite jeudi à Orléans, le chef de l'Etat a affirmé que les "dysfonctionnements graves" des services de police et de la justice, qui ont permis la remise en liberté du principal suspect du meurtre de la jeune Laetitia à Pornic (Loire-Atlantique), seraient sanctionnés.

 

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