L'Adamant, l'hôpital psychiatrique qui flotte sur la Seine

0 21.11.2011 10:31

Amarrée sur les quais de Seine, l'Adamant n'est pas une péniche ordinaire: soignants et patients de cet hôpital psychiatrique sur l'eau y trouvent calme et convivialité, en plein coeur de Paris.Depuis deux semaines, l'hôpital de jour du secteur des quatre premiers arrondissement de Paris flotte au pied de la gare de Lyon. Dans ce bâtiment en verre et bois, de haute qualité environnement (HQE), une passerelle mène directement du quai à l'accueil: le bar, situé dans l'une des deux rotondes qui occupent chaque extrémité de la barge."On ne reconnaît pas les soignants des patients, c'est une réussite", lance fièrement le Dr Frédéric Khidichian, le médecin qui dirige la structure, première de la sorte en Europe."Les patients ont participé à la conception de l'Adamant: il fallait un espace ouvert, avec une circulation très fluide", explique le médecin.Le projet est né il y a sept ans. L'hôpital de jour, qui dépend de l'hôpital Esquirol de Saint-Maurice (Val-de-Marne), devait déménager pour des questions de baux. L'équipe dirigeante ne trouvait pas d'immeuble adapté dans le centre de Paris pour accueillir les 120 malades qui fréquentent l'hôpital de jour."L'idée vient de deux médecins qui habitent sur une péniche, cela a fait son chemin", se rappelle le Dr Khidichian.Le bâtiment a été conçu par Gérard Ronzatti, spécialisé dans l'architecture flottante. "On a voulu qu'il porte la trace de ceux qui y ont travaillé. C'est une opération pilote d'un bout à l'autre, pour que le temps de la conception à la réalisation soit thérapeutique", explique le fondateur du cabinet Seine Design.Coût du projet: un peu moins de 2 millions d'euros. La location d'un immeuble d'une surface équivalente (600 m2) reviendrait à environ 500.000 euros annuels.Une douce lumière, atténuée par les lourds stores en bois, baigne l'Adamant. Les péniches qui passent donnent un léger roulis à la barge. "On est bercés par l'eau", relève Muriel, une infirmière."L'eau apaise. Cela a un effet inattendu et bénéfique: la sérénité", note le Dr Khidichian.L'endroit est calme: tout juste le léger bourdonnement de la circulation ou la ligne 5 du métro qui enjambe la Seine, au loin. Un changement par rapport à l'ancien immeuble, situé dans le quartier agité du Châtelet.Les patients, atteints de troubles psychotiques ou de schizophrénie, restent désormais plus longtemps, à discuter dans le bar ou sur le pont en fumant une cigarette, évoquant même des "vacances", eux qui n'en prennent jamais.C'est le cas d'Isabella, "qui revit depuis 15 jours", selon l'équipe médicale. "C'est moins stressant que la ville, ça donne le temps au dialogue,", sourit la patiente. Elle qui faisait de courts passages à Châtelet, reste maintenant une grande partie de la journée sur la péniche."Ici, je reste jusqu'à la fermeture. Je me sens bien. C'est moins dur de revenir à la vie extérieure. Quand le bateau bouge, ça berce, c'est comme un poupon", assure-t-elle."Cet environnement est une ouverture vers la poésie, l'humain et cela donne une autre image de la psychiatrie: ça aide un peu plus les patients à sortir de leur isolement", note Brigitte, infirmière psychiatrique."L'hôpital de jour représente une contrainte pour le patient, il faut participer à des ateliers, faire un effort d'échange avec l'autre. Sans arrêt les soignant tentent d'approcher les patients, de ne pas les laisser se refermer: ici, ça se fait naturellement!", conclut le médecin en chef.

 

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