La SNCF dit ses "regrets" pour sa responsabilité dans la Shoah

0 21.11.2011 10:35

En cédant à la ville de Bobigny un terrain de la gare d'où sont partis plus de 20.000 juifs vers la mort en 1943 et 1944, le président de la SNCF Guillaume Pepy a reconnu mardi les responsabilités de l'entreprise, qui fut "un rouage de la machine nazie d'extermination".La SNCF, qui a transporté les 76.000 juifs de France dans des wagons de marchandises à travers le pays et vers les camps d'extermination entre 1942 et 1944, était "soumis(e) à l'effort de guerre nazi", a-t-il aussi rappelé dans un long discours."La SNCF, entreprise d'Etat, a été --contrainte, réquisitionnée--, un rouage de la machine nazie d'extermination. Nous ne l'oublierons pas"."Contrainte, certes, notre entreprise a acheminé ces trains jusqu'à la frontière. Elle l'a fait", a-t-il reconnu, alors que des passages de convois de marchandises venaient régulièrement troubler la solennité de la cérémonie.Une fois de plus, il a repris à son compte les mots du président français Jacques Chirac prononcés en juillet 1995, lors des commémorations de la Rafle du Vel' d'Hiv': "Ces heures noires souillent à jamais notre histoire, et sont une injure à notre passé et à nos traditions. Oui, la folie criminelle de l'occupant a été secondée par des Français, par l'Etat français"."Je veux dire la profonde douleur et les regrets de la SNCF pour les conséquences des actes de la SNCF de l'époque. En son nom, je m'incline devant les victimes, les survivants et les enfants de déportés et devant la souffrance qui vit encore", a souligné M. Pepy mardi."En ces jours de malheur, notre entreprise avait tous les visages de la France", a encore relevé le patron de la SNCF, soulignant que "les cheminots résistants ont été l'honneur de l'entreprise et de la France".Une "démarche de mémoire" va d'ailleurs être lancée sur les 2.000 cheminots fusillés ou morts en déportation, "pour connaître qui ils étaient, ce qu'était leur vie, ce qu'ont été leurs actes de courage et de résistance", a annoncé le patron de la SNCF.Il a également rappelé dans son discours que les cheminots avaient recueilli les petits billets que les déportés lançaient des wagons et les ont scrupuleusement envoyés par la poste aux parents ou aux amis.Avant même qu'il ne prononce son discours mardi, les syndicats avaient réclamé que "l'héroïsme des cheminots" durant la Seconde Guerre mondiale ne soit pas oublié.Ce travail sur la mémoire "est une démarche sincère, profonde" d'une entreprise dont les archives sont ouvertes depuis une quinzaine d'années et qui a déjà organisé des colloques sur la question, a indiqué M. Pepy à l'AFP.Il n'a donc selon lui "aucun rapport" avec l'intérêt de la SNCF pour la grande vitesse aux Etats-Unis, notamment en Californie et en Floride, où des élus ont cherché à lier d'éventuels contrats à sa repentance pour son rôle dans l'Holocauste.Des descendants de victimes s'étaient émus en France de ce que la SNCF ait une repentance à géométrie variable, dictée, ont-ils jugé, par des intérêts commerciaux.M. Pepy a cédé mardi à la ville de Bobigny le terrain de la gare de marchandises d'où sont partis vers la mort en 1943 et 1944, 21 convois transportant 22.407 personnes internées dans le camp voisin de Drancy.Longtemps occupée par un ferrailleur, cette gare désaffectée de la ligne de grande ceinture a failli être démolie dans les années 1980. Elle a été classée en 2005.

 

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