« La polémique sur le nucléaire a quelque chose d’indécent »

0 21.11.2011 13:39

Installé en Sarthe, Pierre-Jacques Provost s’est rendu plusieurs fois à Tchernobyl en Ukraine et a réalisé des reportages sur le nucléaire. Il estime qu’un débat sur la question ne doit pas se faire dans l’urgence.« Le Maine Libre » : Comment interpréter les informations provenant du Japon ?Pierre-Jacques Provost : Les informations arrivent avec un décalage, et c’est normal. On a appris ainsi l’explosion dans le réacteur deux heures après que cela se soit produit. Depuis (NDLR. mardi matin), la situation s’est aggravée autour des réacteurs. Les autorités japonaises doivent faire face à deux urgences prioritaires : stabiliser les centrales et donner l’information aux populations au bon moment. Par exemple, s’il faut délivrer des pastilles d’iode, il ne faut pas les donner trop tôt, cela n’a aucun effet préventif. Dans ce contexte, la priorité, ce n’est pas de donner l’information aux médias. La priorité, c’est la radio-protection.Quelle est votre analyse sur ce qui se passe là-bas ?Nous sommes clairement devant une catastrophe majeure. La première chose qui vient à l’esprit c’est que, même lorsque l’on croit avoir tout modélisé et anticipé et que l’on est certain d’avoir imaginé le pire pour construire les centrales, on peut toujours être en dessous de la réalité. La structure des centrales a bien supporté un séisme d’une ampleur exceptionnelle et comme le prévoit la procédure, les réacteurs se sont bien mis à l’arrêt. Mais il n’avait visiblement pas été prévu que le tsunami mettrait hors de service les générateurs diesel de secours qui assurent le refroidissement du réacteur. Le pire n’est jamais certain, mais quand il s’agit de nucléaire, il vaut mieux l’imaginer tout de même.Que pensez-vous de la polémique sur le nucléaire en France ?Plus ça va s’aggraver, plus les réactions vont se tempérer. Les gens vont comprendre que cette polémique autour du nucléaire en France a quelque chose d’indécent en ce moment. Lancer un débat sur le nucléaire et sur l’énergie dans notre pays ne se fait pas dans l’urgence, c’est prématuré. Les politiques français sont très décevants. Ils se disent en fait qu’il ne faut pas laisser la place à l’autre. Du coup, les réactions ont été très opportunistes d’un côté comme de l’autre. Il est temps, après les élections cantonales, qu’il y ait un vrai débat. Mais, en ce moment, il faudrait quand même un peu plus de retenue. Les torts sont partagés dans le monde politique.Cela veut dire que la gestion de crise n’est pas bien maîtrisée en France ?Oui, nous n’avons pas visiblement encore tiré les leçons de la gestion catastrophique de Tchernobyl en 1986. Dès samedi, alors que le ministre Eric Besson minimisait ce qui s’annonçait, les agences et les scientifiques évoquaient une « situation préoccupante ». Dire que cela arrive chez les autres et pas chez nous, n’est pas une bonne façon d’aborder cette question. En France, les gens n’ont pas assez de bonnes informations. La plupart sont pro ou anti-nucléiaire sans connaître réellement la question. C’est d’ailleurs étonnant dans un pays comme le nôtre où personne n’est à plus de 200 km d’une centrale nucléaire.Propos recueillis par Serge DANILO

Abonnement

Retrouvez toutes nos offres
à partir de 1€ par mois

Je m'abonne

 

Connexion utilisateur
Vous pouvez vous connecter avec votre compte facebook.
Vous pouvez vous connecter soit avec votre nom d'utilisateur assigné, soit avec votre adresse e-mail.
Le champ mot de passe est sensible à la casse.