La nouvelle "super-bactérie" venue d'Inde: une bombe à retardement mondiale

0 21.11.2011 10:32

L'émergence dans le sous-continent indien d'un pathogène résistant aux antibiotiques et qui s'est déjà propagé à la surface du globe est une bombe à retardement requérant une mobilisation immédiate des autorités sanitaires, insistent des infectiologues. "Il y a urgence à mettre en place un système de surveillance international dans les prochains mois et à tester tous les patients hospitalisés" dans le plus grand nombre de pays possible, explique lundi le Dr Patrice Nordmann, de l'Hôpital Bicêtre (près de Paris). "Ces mesures ont déjà été décidées en France et sont très sérieusement envisagées au Japon, à Singapour et en Chine", rappelle-t-il, lors d'un entretien avec l'AFP.Cet infectiologue participe à la 50e conférence annuelle de l'ICAAC (Interscience conference on Antimicrobial Agents and Chemotherapy), le plus grand colloque mondial sur les maladies infectieuses qui réunit du 12 au 14 septembre à Boston (Massachusetts, nord-est) quelque 12.000 spécialistes. "Pour l'instant, on ne connaît pas encore la rapidité d'expansion du phénomène (...), mais ce qui est certain c'est que ça va se diffuser", prédit le Dr Nordmann, comparant la situation à "une bombe à retardement", vu l'énorme réservoir que représente pour ce pathogène les 1,3 milliard d'habitants du sous-continent indien.L'origine de ce "super-pathogène", en fait un gène appelé NDM-1 (New Delhi metallo-lactamase-1), remonte à des patients hospitalisés pour la plupart en Inde, au Pakistan et au Bangladesh.Les premiers cas hors de ces pays ont été observés en Grande-Bretagne dès 2007. Ensuite, le nombre de personnes infectées a commencé à augmenter avec plus de 70 dénombrées au Royaume-Uni et plus de 170 en Inde et au Pakistan.Cette nouvelle menace infectieuse est venue à l'attention des médias après la publication d'une étude en août dans la revue britannique The Lancet.Cette recherche expliquait que le NDM a été rapporté en Grande-Bretagne par des "médico-touristes" (patients se faisant opérer à l'étranger) revenant d'Inde.Depuis la publication de cette étude, des cas d'infection ont été signalés au Canada, aux Etats-Unis, en Belgique, aux Pays-Bas, en Autriche, en France, en Allemagne, au Kenya, en Australie, à Hong Kong et au Japon.Un Belge hospitalisé au Pakistan à la suite d'un accident est la première personne connue à ce jour à y avoir succombé."Beaucoup de ces souches sont résistantes à pas mal d'antibiotiques voire à tous les antibiotiques", explique le Dr Nordmann, qui craint une propagation dans les milieux hospitaliers chez les personnes gravement malades, avec une mortalité élevée.Contrairement à nombre de pathogènes multirésistants apparus ces vingt dernières années, comme le staphylocoque doré résistant à la méthicilline (SARM), le gène du NDM a été repéré dans d'autres bactéries totalement différentes."Ce gène a ainsi sauté dans des espèces bactériennes se trouvant normalement dans le tube digestif humain et qui peuvent provoquer des infections pulmonaires et urinaires", ajoute le médecin.Le Dr Timothy Walsh, de l'Université de Cardiff (Grande-Bretagne), s'inquiète du fait que plus de 600 millions de personnes n'ont pas accès à des installations sanitaires en Inde, ce qui fait "qu'on ignore l'étendue de la diffusion du NDM".De plus, "l'utilisation massive d'antibiotiques dans ces pays ne peut qu'accélerer la résistance microbienne", déclare-t-il à la presse.Le Dr Nordmann déplore l'absence d'observatoire de l'Organisation mondiale de la santé (OMS) pour détecter l'émergence de résistance microbienne.

 

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