La nouvelle flambée du pétrole, un risque pour la reprise

0 21.11.2011 09:28

La nouvelle flambée du prix du pétrole risque, si elle se confirme, de peser sur la reprise mondiale au moment où les économies industrialisées demeurent convalescentes et où l'inflation redevient un facteur d'inquiétude à la fois dans les pays riches et émergents.Déjà en hausse ces dernières semaines, le baril de brut, poussé pas les tensions en Egypte, a franchi lundi à Londres le seuil symbolique des 100 dollars. Un niveau qu'il n'avait pas dépassé depuis plus de deux ans et qui pourrait faire le bonheur des pays producteurs - mais pas des autres, qui se réjouissaient en 2010 de la stabilité des cours autour de 70-80 dollars."Des prix du pétrole élevés représentent une menace sérieuse pour la reprise économique", car ils aggravent l'inflation "notamment dans les pays en développement", prévient le Centre for Global Energy Studies (CGES).Selon la théorie économique, l'évolution de l'or noir a un impact sur la croissance: une hausse du cours entraîne un surcroît d'inflation qui peut se répercuter à la production et au transport, et donc aux prix à la consommation.Cela affecte alors le pouvoir d'achat des ménages, qui, en contrepartie, réclament des salaires plus élevés - ce sont les effets dits de "second tour". Parallèlement, la consommation et l'investissement reculent. Et, in fine, l'activité ralentit.Reste à chiffrer un tel impact. Selon les économistes de la Deutsche Bank, un bond de dix dollars du prix du baril ampute la croissance américaine d'un demi-point de pourcentage. Plusieurs experts estiment toutefois que les répercussions se sont estompées dans les pays riches.En France, une étude des économistes Muriel Barlet et Laure Crusson évoque ainsi une "meilleure résistance aux chocs pétroliers" depuis le début des années 1980. Cela s'explique par "une politique énergétique ambitieuse pour réduire la facture pétrolière" et une politique monétaire rigoureuse pour éviter "les spirales inflationnistes".Néanmoins, relèvent-elles, l'impact négatif sur la croissance est plus marqué "lors de périodes où la conjoncture nationale et internationale sont assez mauvaises", ce qui est le cas actuellement.Les économies américaine et européenne tentent de tourner définitivement la page de la récession historique de 2009, mais sont encore sous perfusion d'une politique monétaire accommodante.Or "si l'inflation continue à monter", les banques centrales seront tentées de resserrer les boulons "en relevant les taux d'intérêt", explique Ben May, de Capital Economics. "Cela aggraverait notamment la situation des pays fragiles de la zone euro, qui peinent à sortir de la récession".Mais les risques sont aussi élevés dans les pays émergents.D'abord, car la croissance vigoureuse se traduit déjà, chez eux, par une poussée inflationniste. La flambée du pétrole peut donc entraîner, dans ces grands consommateurs de matières premières, un emballement des prix.En outre, "les économies émergentes sont encore plus dépendantes que nos économies du pétrole, en raison de leur structure industrielle", ajoute Philippe Martin, professeur à Sciences-Po à Paris. "La hausse du pétrole va donc se traduire dans ces pays par une augmentation des prix industriels."Les autorités monétaires pourraient là aussi intervenir fermement pour éviter la surchauffe, notamment en Chine. Et un ralentissement de l'activité chinoise se traduirait par une moindre croissance mondiale.Pour autant, "tout dépend du niveau du brut et du caractère passager ou durable de la flambée actuelle", nuance Ben May.Un baril à 100 dollars, même si ce n'est pas l'idéal pour les pays consommateurs, reste bien en-deçà des 147 dollars atteints en 2008. Et la plupart des analystes doutent qu'il poursuivra sur sa lancée.

 

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