L’incroyable histoire de Bernard

0 21.11.2011 09:46

Si nous étions en hiver, nous dirions que c’est un merveilleux conte de Noël qui s’est écrit, à Luché-Pringé, ce 14-Juillet. Et le cliché ne serait pas trop fort tant l’histoire est incroyable. Cette histoire, c’est celle d’un gamin de l’assistance publique qui, à l’aube de ses 86 ans, s’est retrouvé une famille.Sa vie avait pourtant commencé par bien des drames et bien des souffrances. Manceau d’hier et d’aujourd’hui, Bernard Chorin a seulement quinze jours en 1925, lorsque sa mère l’abandonne à l’assistance publique. De famille d’accueil en famille d’accueil, du Mans à Etival-lès-Le Mans, en passant par Louplande, du travail « forcé » dans les fermes de 14 à 21 ans à son poste de chauffeur chez Yoplait après une carrière à la SNCF, Bernard grandit, se construit, forme sa propre famille avec son épouse qui lui donne trois garçons.Jamais il ne cherche à retrouver ni ses origines, ni sa mère dont il connaît pourtant le nom. Tout au long de ces années, d’ailleurs, il se pense enfant unique.« Votre mère avait un frère »C’est un hasard qui lui prouvera le contraire. Un jour comme un autre, un Manceau, Pierre Magne se rend à la Préfecture refaire son passeport. Il est le fils de Gabrielle, abandonnée à six ans en 1925. Et tout un coup, il entend de la bouche de l’employée qui le reçoit : « Votre mère avait un frère, abandonné en même temps qu’elle ». Abasourdi, Pierre se met en quête de cet oncle qu’il n’a jamais rencontré. Premières retrouvailles.Cela aurait pu en rester là. Mais c’était sans compter sur l’amitié et la ténacité de Renée, son amie de toujours. Les archives, les journaux, les services d’état-civil et même Internet n’ont plus aucun secret pour cette sémillante Mancelle de 79 ans. « Ayant retrouvé la date de mort d’Alice, la mère, à l’état-civil, par exemple, je suis allée chercher l’avis d’obsèques dans « Le Maine Libre » de cette date-là. C’est comme ça que j’ai appris l’existence de Gilbert ».Au terme de ses recherches, ce n’est donc pas seulement une sœur que Bernard se découvre, mais également quatre frères : Gabrielle, née en 1919, Marcel, né en 1920, Roger, né en 1921, Robert, né en 1923 « et mort à trois mois de convulsions » et Gilbert, né en 1928.Trois frères dans le même quartier du MansDes six enfants, Alice Chorin, la mère, née en 1893, n’a gardé auprès d’elle que Gilbert. Et jamais, elle ne lui a parlé de ses autres enfants. Des raisons qui l’ont poussée à abandonner ses quatre fils et sa fille aînée, Bernard n’en saura jamais rien.Et Renée de regretter : « Malheureusement, seuls Bernard et son frère Roger, qui vit aujourd’hui à Auxerre, sont encore en vie. J’aurais tellement voulu que Bernard puisse rencontrer ses autres frères et sa sœur avant ». D’autant que le plus inimaginable dans tout ça, c’est que Bernard, Marcel et Gilbert ont vécu… dans le même quartier du Mans, à quelques mètres les uns des autres, sans se connaître pendant toutes ces années.Bombardé « frère » du jour au lendemain, Bernard devient aussi « tonton Bernard » pour les dix neveux et nièces que compte sa famille retrouvée. « Toute ma vie, j’ai été bancale parce qu’il me manquait toute une partie de ma famille, de mon histoire du côté de mon père », confie, reconnaissante, Nicole, l’une de filles de Marcel. « En retrouvant mes oncles et mes cousins, j’ai été rééquilibrée. C’est quelque chose de génial ».C’est avec ses neveux et nièces venus de Saint-Raphaël, Fréjus, Saint-Nazaire ou encore tout simplement de la Sarthe, que ce 14 juillet 20011, le dynamique retraité a passé la journée, dans son mobile-home au camping de Luché-Pringé.Car il n’est jamais trop tard pour apprendre à se connaître et s’aimer.Mathilde BELAUD

 

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