Justice : la journée de la colère

0 21.11.2011 13:34

Robes noires, rouges et hermine, les magistrats ont manifesté jeudi dans toute la France leur révolte contre leur mise en cause par Nicolas Sarkozy, lors d'un mouvement sans précédent qui a aussi rallié greffiers, avocats, gardiens de prison et même policiers.Selon des informations recueillies par les bureaux de l'AFP, une trentaine de manifestations au moins, la plupart devant les palais de justice, ont rassemblé quelque 10.000 professionnels de la justice, soit plus que le nombre total des magistrats français (environ 8.300).Nicolas Sarkozy leur a répondu jeudi soir, annonçant, lors d'une émission télévisée, une consultation sur le "malaise" des magistrats. Mais le chef de l'Etat a fourni peu d'éléments susceptibles d'apaiser leur colère et les syndicats ont promis de poursuivre leur mouvement, après cette journée qu'ils ont jugée "historique".Peu avant l'intervention du chef de l'Etat sur TF1, la Chancellerie avait annoncé que le garde des Sceaux, Michel Mercier, recevrait lundi après-midi les syndicats de magistrats et de conseillers d'insertion et de probation (CIP) pour leur présenter les conclusions des enquêtes administratives sur l'affaire Laetitia à l'origine de la grogne.Les rassemblements les plus importants se sont tenus à Paris, où les marches du palais de justice débordaient, Bordeaux, Toulouse, Marseille et surtout à Nantes, où les manifestants étaient environ 2.000.C'est de là qu'est partie la révolte, après des déclarations du président de la République, le 3 février à Orléans, promettant des sanctions pour les "fautes" et "dysfonctionnements" à l'origine selon lui de la remise en liberté du meurtrier présumé de Laetitia Perrais, dans la région nantaise.Les magistrats n'ont pas supporté d'être déclarés coupables avant même que soient connus les résultats des enquêtes en cours, et alors qu'ils tirent depuis des années la sonnette d'alarme quant au manque de moyens de la justice.Ils ont voté le renvoi des audiences non urgentes dans la quasi-totalité des tribunaux de France."Le président a dépassé les bornes", estimait une manifestante à Versailles. "On n'en peut plus", résumait un magistrat de Laval.Même la très vénérable Cour de cassation a manifesté sa "très vive préoccupation", exprimant sa "solidarité avec tous ceux qui, dans un contexte de pénurie, assurent quotidiennement le fonctionnement des juridictions et des services".A Marseille, le représentant du Syndicat des avocats de France (SAF) a noté qu'il se retrouvait assis pour la première fois à côté de celui du Syndicat national des officiers de police (SNOP).Avocats et policiers sont plus souvent comme chiens et chats. Mais certains manifestants ont ironiquement salué la performance du chef de l'Etat, "qui a réussi à faire l'unanimité contre lui et réunir un mouvement exceptionnel".En début de semaine, les magistrats avaient été critiqués par le gouvernement et la majorité, certains que l'opinion n'était pas du côté des juges. Deux sondages semblent leur donner tort, établissant l'un à 65%, l'autre à 60%, la proportion des Français soutenant les magistrats.Les syndicats de magistrats ne comptaient pas en rester là. Ils ont prévu une réunion intersyndicale et de nouvelles assemblées générales vendredi. Leur teneur dépendra pour beaucoup de ce qu'a dit le président de la République jeudi soir.Le TGI de Nanterre a d'ores et déjà décidé jeudi en assemblée générale de continuer à renvoyer les affaires non urgentes, jusqu'à une date non déterminée.

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