Jean-Claude Killy: « La discrétion me va bien »

0 21.11.2011 09:28

Champion emblématique, Jean-Claude Killy donnait samedi le départ des 24 Heures. Un décor qu’il n’avait pas revu depuis 1969. A peine rentré de Sochi, ville organisatrice des Jeux Olympiques d’hiver en 2014. Auréolé d’un triple titre olympique aux Jeux de Grenoble en 1968, Jean-Claude Killy tire un trait sur une carrière exceptionnelle de skieur et passe des pistes damées à l’asphalte des circuits. En 1969, il dispute les 24 Heures aux côtés de Bob Wollek sur une Alpine A210.Le Maine Libre: Quelle est l’histoire de cet engagement avec Bob Wollek?Jean-Claude Killy: Jean Rédélé le concepteur des Alpine m’avait offert ce volant. L’idée était de composer un équipage équilibré de skieurs, puisque Bob avait commencé une belle carrière dans ce sport. On se connaissait très bien. A l’époque, il était déjà bon pilote. Au Mans, nous avions abandonné vers 11 heures, sur problème mécanique alors que nous étions en tête de l’indice énergétique. Alors, c’était un critère important. Celui qui le remportait pouvait dire « J’ai gagné les 24 Heures du Mans »….sans insister sur le bémol. Au moment de notre forfait, nous bagarrions avec Jacky Ickx.Pourquoi avez-vous abandonné la course automobile?Parce qu’après 15 ans de tensions, de sacrifices, pour la compétition, je n’avais pas envie de recommencer une vie sur le même mode. J’avais 24 ans quand j’ai arrêté le ski après une carrière très condensée. Il était temps aussi de devenir sérieux! De plus, je n’avais pas un sou, ce qui en sport automobile n’est pas un avantage. Mais j’aimais beaucoup courir.Quels souvenirs gardiez-vous des 24 Heures?Avant de donner le départ tout à l’heure, je songeais à ma première venue ici avec ma petite tente. J’avais 16 ans et j’avais fait la route depuis Val d’Isère. Me retrouver soudain au-dessus de la piste avec le drapeau, ça représente du chemin depuis mes 16 ans! Puis ce fut mon engagement sur Alpine en 1969. Maintenant, je ne reconnais plus rien. Pas même Indianapolis où j’étais sorti lors des essais! L’évolution du circuit est extraordinaire.Luc Alphand dit que le ski n’est pas un avantage pour aborder les trajectoires au volant. Vous confirmez?Il a raison. Il y a quelques années, je lui avais expliqué la différence dans la façon d’attaquer un virage. Skieur, on rentre à la corde très vite. Au volant, c’est une erreur. Je me souviens d’une séance sur le Nürbügring avec Jacky Ickx. « Qu’est-ce que tu fiches? Reste à l’extérieur! » me tançait-il agacé par mes trajectoires!A part Luc Alphand, qui avez-vous retrouvé sur le circuit?Bien sûr je suis allé saluer Luc. Il a eu beaucoup de chance de s’en sortir si bien après son accident. J’ai rencontré aussi Jean Todt, un copain de 50 ans, Gérard Larrousse et Sébastien Bourdais. Il est bien ce garçon. En Suisse nous étions voisins et nous achetions souvent nos journaux ensemble à la station service.Comment percevez-vous votre image emblématique?Je me rends compte que les gens me prennent pour modèle. Pourtant je reste discret. Je gère la rareté. Je suis (du verbe suivre) ce que je suis. On reste des montagnards, gens qui ne s’expriment pas beaucoup. J’ai dirigé neuf Tour de France et cela se sait peu. De même avec le Dakar sur lequel j’ai veillé pendant neuf ans sans jamais me mettre en avant. Cette discrétion me va bien.Pourquoi avez-vous arrêté le Dakar?A un moment, il faut savoir s’arrêter. Pourtant, j’ai adoré cette époque. Je n’étais pas attiré par l’Afrique mais par le mythe de l’Aéropostale. Mermoz comptait parmi les héros de mon enfance. Et le tracé du Dakar suivait les mêmes lignes. En fait, ce qui m’interesse, c’est l’organisation. Rendre réels des projets.Votre implication dans l’Olympisme relève de ce même désir?Tout à fait. On retrouve les valeurs exemplaires de l’équipe, de l’endurance, du respect de l’autre qui ont aussi forgé l’image des 24 Heures. Dans le monde actuel, c’est important de revenir vers ces bases. Regardez un garçon comme Tom Kristensen. C’est un grand champion, mais ce n’est pas une superstar en dehors de son pays, le Danemark. Ce garçon a une belle personnalité. Il incarne la détermination et la discrétion.Comment expliquez-vous la phénoménale notoriété qui vous accompagne depuis 40 ans?C’est simple. Lorsque mon sport était au sommet, il n’existait pas de concurrence. Il y avait le rugy avec le Tournoi des Cinq Nations à la fin de l’hiver, le tennis avec Roland-Garros et enfin le Tour de France en été. Le football était plus anecdotique. Je suis aussi devenu champion au moment de l’avénement de la télévision. Et enfin, c’était le début de la démocratisation du ski. Au même moment, il y avait le phénomène Palmer au golf. Tout est question de circonstances.Comment garde-t-on la tête sur les épaules quand on est un jeune homme?Je n'ai jamais oublié d’où je venais. J’étais simple agent de constatation dans les douanes. J’ai gardé mon premier buelletin de paie de 1965: 760 francs. Ca aide à rester simple. Il ne faut pas oublier aussi qu’à l’époque le ski était un sport très dangereux. Bien plus qu’aujourd’hui. Il ne fallait pas être une tête brûlée.Vous défendez la cause d’Albertville pour les Jeux de 2018. Vous êtes confiant?C’est un gros combat. Nous avons une chance sur trois face à la Corée et à l’Allemagne. Mais on a le soutien d’Edgar Grospiron qui accomplit un travail formidable.Propos recueillis par Frédérique BREHAUTfrederique.brehaut@maine-libre.com

 

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