Guéant veut écarter les préférences religieuses de l'hôpital

0 21.11.2011 13:52

Le refus de soins prodigués par des hommes à des femmes n'est "pas admissible" à l'hôpital, a estimé jeudi le ministre de l'Intérieur, ciblant un phénomène marginal mais suffisamment présent pour troubler certains professionnels de la santé."Les agents des services publics évidemment ne doivent pas porter de signes religieux, manifester une quelconque préférence religieuse, mais les usagers du service public ne doivent pas non plus", a déclaré Claude Guéant sur i-Télé et Radio Classique, interrogé sur le débat sur la laïcité et l'islam organisé par l'UMP le 5 avril. Son entourage a précisé qu'il pensait spécifiquement à "certains services publics" comme l'hôpital ou l'école."Par exemple, on sait qu'à l'hôpital il y a un certain nombre de personnes qui refusent, pour des femmes, des soins prodigués par des hommes. Eh bien ce n'est pas admissible", a relevé le ministre. "L'organisation du service public s'impose à l'usager et, comme le service public est neutre, un usager ne peut pas récuser un médecin ou quelqu'un d'autre pour un motif religieux", a précisé son entourage."Il ne faut pas une loi, il n'est pas question de faire des lois, il suffit de décrets parfois ou d'instructions", a souligné M. Guéant.Ces refus de soins pour des femmes par des soignants hommes sont un "phénomène marginal" mais "inquiétant", "parce que ça fait un moment que ça dure", selon Patrick Pelloux, président de l'Association des médecins urgentistes de France (Amuf). "On a trop l'impression d'être dans des acquis, c'est une erreur", ajoute l'urgentiste, indiquant que les services les plus concernés sont la gynécologie-obstétrique et les urgences. Face à "des formes intégristes (qui) essaient de rentrer dans l'hôpital, il faut réaffirmer le principe de laïcité", dit-il.Dans son livre "Menaces religieuses sur l'hôpital", Isabelle Lévy, conférencière et formatrice en milieu hospitalier "spécialisée dans les rites, cultures et religions face aux soins", confirme que "ces situations ne relèvent pas de l'ordinaire hospitalier", mais qu'il ne s'agit pas non plus "de cas isolés".Selon elle, "l'omniprésence des religions malmène l'application des soins aux malades dans les hôpitaux publics depuis plus d'une décennie"."Des vies humaines sont chaque jour mises en péril dans les hôpitaux en raison de références erronées aux religions", dit Isabelle Lévy qui est formelle: toutes les religions "exigent une transgression de tous les interdits (...) pour sauvegarder une vie humaine ou son intégrité physique ou mentale".Le Dr Paul Atlan, gynécologue-obstétricien, qui dirige depuis 1996 une consultation "Ethique et religions" à l'hôpital Antoine-Béclère de Clamart (Hauts-de-Seine), explique que dans des cas extrêmes, où la vie de la patiente est en danger, il consulte les autorités religieuses."Une patiente musulmane dont la vie était mise en danger par la grossesse dans les 48 heures a finalement accepté une interruption médicale de grossesse après consultation de la commission théologie de la mosquée de Paris", se souvient-il.Il rappelle aussi que le règlement de l'Assistance publique-Hôpitaux de Paris prévoit que l'exercice de la religion ne doit pas perturber les soins.Pour le président du Conseil français du culte musulman (CFCM) Mohammed Moussaoui "la règle générale est que l'usager a le droit d'exprimier son appartenance religieuse dans le respect de l'ordre publique et de la laïcité".Une cadre des urgences du centre hospitalier sud-francilien (CHSF) d'Evry met toutefois en garde: "En vingt ans de carrière, j'ai rencontré trois fois seulement un problème de refus de soins pour des motifs de pratique religieuse".

 

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