En grande détresse, les éleveurs charolais veulent être payés au prix juste

0 21.11.2011 09:51

Alors que le Salon de l'Agriculture bat son plein pour une semaine à Paris, en Bourgogne, les éleveurs du Charolais se disent "en grande détresse" face à la hausse des coûts et réclament d'être payés "au prix juste".Sous les fenêtres de Bernard Lacour, une cinquantaine de vaches charolaises couleur crème ruminent dans le pré avoisinant. Dans quelques mois, cet éleveur de 51 ans, qui a repris en 1982 l'exploitation familiale, fera partir les jeunes mâles vers l'Italie où leur viande est appréciée pour sa couleur pâle et son goût peu prononcé.Les femelles, qui restent en France et fournissent une viande pourtant réputée, se négocient entre 3 et 3,2 euros le kilo de carcasse."Je me souviens, c'était déjà le même prix quand j'ai commencé en 1982. Le problème, c'est que les coûts de production comme les aliments, le carburant ou les frais vétérinaires ont presque doublé en trente ans", soupire Bernard Lacour qui, comme d'autres éleveurs, a gardé l'habitude de parler en francs."Entre ces contraintes insupportables, la perte d'identité et le fossé qui se creuse avec la société, il y a une grande détresse morale et financière chez les éleveurs", estime ce syndicaliste de la FNSEA."La grande majorité d'entre nous a un revenu inférieur à 800 euros par mois. Il faut être passionné pour se lever à 02H00 du matin pour faire naître un veau ou travailler le dimanche", ajoute ce père de trois garçons de 17, 22 et 25 ans qui ont "tous fait des études agricoles" et "ont envie de s'installer".Comme ailleurs, en Saône-et-Loire, premier cheptel en France de vaches allaitantes avec quelque 220.000 bêtes, les éleveurs font face à une hausse du coût de l'alimentation liée à l'envolée des cours mondiaux, une hausse qui n'est pas répercutée dans leur prix de vente.Ils ont manifesté leur mécontentement en bloquant en novembre les abattoirs du groupe Bigard, leader français du secteur. Ils réclamaient une revalorisation de leurs prix de vente, autour de 60 centimes le kilo, mais n'avaient obtenu qu'une hausse de 2 à 5 centimes."Produire un kilo de carcasse nous coûte environ 3,70 euros, une fois les aides déduites, il faudrait pouvoir vendre à ce prix-là pour s'en sortir", estime David Bichet, jeune éleveur de 30 ans."Aujourd'hui, à partir du prix de vente aux consommateurs, chacun prend sa part et on donne ce qui reste à l'éleveur", analyse-t-il, dénonçant distributeurs et négociants.Signe du malaise ambiant, en 2010, il y a eu 95 installations d'agriculteurs en Saône-et-Loire, contre 120 à 130 les années précédentes, selon David Bichet, également président des Jeunes Agriculteurs de Saône-et-Loire. "Le ratio est toujours d'une installation pour trois départs", ajoute-t-il."Les gens n'attendent pas un chèque ou une aide, mais d'être payés au prix juste, ce qui leur permettrait de vivre de leur travail", lâche M. Bichet, qui s'est mis aussi à la vente directe.En fournissant directement des consommateurs, il calcule que la plus-value sur chaque bête est de l'ordre de 500 euros par rapport à une carcasse vendue à la coopérative locale, qui part entre 1.200 et 1.300 euros.Par ailleurs, d'autres éleveurs, comme Jean-Philippe Nivost, 49 ans, regardent avec intérêt une nouvelle disposition de la loi de modernisation de l'agriculture, adoptée l'été dernier, qui permettrait de répercuter la hausse des coûts pour l'éleveur.Il s'agit de contrats entre éleveurs et acheteurs professionnels (négociant, coopérative ou industriel), fixant les volumes et les prix pour une durée déterminée, alors que le prix de chaque bête est actuellement négocié au cas par cas.

 

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