Des salles de consommation pour drogués? Débat au-delà des clivages classiques

0 21.11.2011 13:33

Ouvrir des salles de consommation encadrée pour usagers de drogue ? Le débat enfle en France, transcendant les clivages politiques traditionnels entre experts, associations et élus, sur un dispositif qui a fait ses preuves à l'étranger.La déclaration de la ministre de la Santé, le 19 juillet à Vienne, lui a donné un écho officiel. Roselyne Bachelot s'est prononcée pour "une concertation" sur la "mise en place expérimentale de ce qu'il faudrait appeler +centres de consommation supervisés+", au nom d'un "enjeu sanitaire crucial".La ministre a entrouvert une porte, après la publication fin juin d'une expertise collective de l'Inserm (Institut national de la santé et de la recherche médicale) qui équivaut à un aval de la communauté médicale."Pas de calendrier" pour l'instant, selon le ministère de la Santé: n'empêche, l'initiative suscite d'ores et déjà des réactions contrastées.Quatorze députés UMP, dont plusieurs de son aile droitière, ont cosigné un texte dénonçant les "salles de shoot", estimant que "l'usage des drogues se banalise à cause des discours permissifs". Le FN parle, lui, d'un gouvernement "en plein délire".Le président de la Mission interministérielle de lutte contre la drogue et la toxicomanie (Mildt), Etienne Apaire, dans une interview au Monde daté de mardi, juge que de tels centres sont "discutables sur le plan philosophique" et "ne répondent pas vraiment à la demande d'un point de vue sanitaire".Pourtant, selon l'Inserm, le constat que 60% des usagers de drogue sont porteurs de l'hépatite C, que de nouvelles populations échappent aux dispositifs existants et que de nouvelles pratiques à risques surviennent "impose d'adapter la politique de réduction des risques".La secrétaire d'Etat à la Famille, Nadine Morano, a appelé mercredi sur RTL à "ouvrir le débat parce que dans la lutte contre la drogue, on doit utiliser tous les outils".Jean-Claude Gaudin, sénateur-maire UMP de Marseille, est également favorable au dispositif: il a rappelé, mardi sur France Inter, que "la ministre compétente est sur la même ligne et que, à Marseille, c'est le maire le patron, pas l'UMP".Pour les Verts, "si on ne fait rien, cela s'appelle de la non assistance à personne en danger".L'association "Elus, santé publique et territoires" (ESPT), qui regroupe une soixantaine de villes de gauche (Paris, Lille, Nantes...) comme de droite (Marseille, Le Havre...) a lancé en avril un séminaire sur le sujet.Des conclusions, le 24 septembre, fourniront "aux élus de quoi se forger une opinion au-delà de l'ignorance et des a priori idéologiques", a déclaré à l'AFP son président, Laurent El Ghozi (PS, Nanterre).Les villes intéressées sont souvent confrontées à des "scènes ouvertes" de drogue: deal et/ou consommation publics. Marseille et Paris sont en pointe."Il y a une convergence entre élus de terrain concernés, associations, experts, qu'il ne faut pas laisser passer, on est dans le sens de l'histoire", a affirmé M. El Ghozi, rappelant que "tout le monde avait hurlé" lorsque Michèle Barzach, ministre de la Santé dans le gouvernement Chirac, avait lancé l'échange de seringues en 1987.Le médecin urgentiste Patrick Pelloux, mardi sur RMC, a exprimé son soutien, conscient que "ça va faire peur à une certaine morale" mais convaincu que "ça permet de remettre le malade dans un circuit et souvent de l'aider à sortir de la drogue".Les associations de réduction des risque, Asud (usagers de drogues), Act Up, Anitea (intervenants en toxicomanie et addictologie), SOS Hépatites, Safe, sallesdeconsommation.fr, Gaïa, qui réclament des salles de consommation, en appellent au "courage politique".

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