Des "chuteurs" à Toulouse: le dialogue à l'assaut de l'incivilité

0 21.11.2011 09:58

Toulouse vient de lancer une force de médiation originale pour réduire les problèmes de voisinage et de nuisances sonores: les "chuteurs" parcourent la ville, avec le dialogue pour maître-mot face aux incivilités du quotidien."Bonsoir, c'est les médiateurs du 3101", annoncent Lat et Nasser à l'interphone avant de s'engouffrer dans un immeuble du centre de Toulouse, près de la Faculté de droit.Ils sont six médiateurs-chuteurs rattachés à l'Office de la tranquillité, plate-forme téléphonique installée en octobre 2009 pour recueillir les doléances des Toulousains, 24 heures sur 24, sept jours sur sept, une première en France. Sur les 250.000 appels reçus depuis, 20% ont concerné "le vivre ensemble, la difficulté des gens à respecter les règles de civilité", explique le directeur de l'Office, Bruno Domingo. "Ces incivilités créent, si elles ne sont pas réglées, des situations de stress pouvant générer des violences".Lorsque un dysfonctionnement ne peut être géré directement par un service municipal, les médiateurs vont sur le terrain: il s'agit de "prendre le temps de décortiquer, comprendre et essayer d'agir", explique le député-maire PS, Pierre Cohen. Une politique de "proximité" qui veut éviter "le piège" de "l'instrumentalisation" de la délinquance ou de l'insécurité qu'il reproche au gouvernement.En ce début de soirée, Lat, 45 ans, ex-chef d'entreprise, ex-réceptionniste de nuit d'origine sénégalaise, et Nasser, 37 ans, ancien médiateur dans le quartier sensible du Mirail, ont au menu "un petit dossier pas méchant": un rendez-vous avec une dame se plaignant de ses jeunes voisines qui "font le karaoké" jusqu'à des heures indues.La plaignante, 72 ans, évoque ses réveils en sursaut et sa "pathologie cardiaque", les médiateurs expliquent qu'ils vont tenter de contacter ses voisines."Nous leur dirons à ces jeunes personnes que vous n'êtes pas dans une dynamique de conflit, qu'on est dans la volonté de mieux vivre ensemble", souligne Lat. Au fil de l'entretien, la dame se détend. "Chapeau", lance-t-elle à ses visiteurs, visiblement soulagée d'avoir été écoutée: "On dirait que cette municipalité fait des choses au niveau de la qualité de la vie". Vingt minutes plus tard, répondant à leur avis de passage, les voisines ont contacté l'Office de la tranquillité pour obtenir à leur tour un rendez-vous.Les médiateurs-chuteurs, deux Blacks, deux Arabes et deux Blancs", cinq hommes et une femme, fonctionnent en binôme, de 16H00 à minuit du mardi au samedi. L'unité vient à peine d'entrer en fonction après quelques semaines de formation.Abdel, 28 ans, est un ancien policier qui a démissionné exprès. "Je suis venu pour la proximité, qu'on a perdue dans la police nationale. La police du chiffre et des statistiques, c'est pas trop mon truc. J'ai fui avant que l'immeuble tombe. Je suis là pour faire de l'humain".Car si ces médiateurs de la tranquillité publique, qui portent un blouson noir affichant le 3101 (numéro d'appel de l'Office)", viennent d'horizons divers, ils ont en commun le goût du contact et la conviction que la parole peut désamorcer certains problèmes.La municipalité les avait initialement présenté comme des "chuteurs", ils préfèrent le terme "médiateurs". Outre la médiation, ils mènent dans la rue des missions d'observation des nuisances diverses signalées à l'Office, par exemple aux abords des bars: le lendemain, "une fois le degré d'alcoolémie retombé", ils iront voir les propriétaires pour tenter de trouver des solutions concrètes."Il faut trouver un bon compromis entre le besoin de fête" d'une ville comptant plus de 100.000 étudiants et le "droit à la tranquillité", résume Pierre Cohen.

 

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