Denis Podalydès sacré roi shakespearien chez les papes d'Avignon

0 21.11.2011 09:28

Roi à la fois fasciné et écoeuré par le pouvoir, cynique et tendre, dérisoire et profond: Denis Podalydès est tout cela et plus encore dans "Richard II" de William Shakespeare, qui a retrouvé mardi soir la Cour d'honneur du Palais des papes d'Avignon sous un nouveau jour.Cette pièce de 1595, qui évoque un règne contemporain (fin du XIVe siècle) du lieu emblématique du Festival d'Avignon, entre dans une résonance particulière avec l'histoire de la grande manifestation théâtrale.C'est avec elle que le rendez-vous est né, en 1947, quand Jean Vilar décida de programmer et mettre en scène cette tragédie qui n'avait alors jamais été représentée en France. Le fondateur du festival incarnait lui-même Richard II dans le dépouillement d'un plateau coloré par les costumes de Léon Gischia, un spectacle mythique dont la Maison Jean Vilar d'Avignon convoque les fantômes à travers une petite exposition présentée jusqu'au 27 juillet.En 1983, "La Tragédie du roi Richard II" retrouvait la Cour d'honneur dans la mise en scène orientalisante d'Ariane Mnouchkine et l'esprit de troupe du Théâtre du Soleil, avec Georges Bigot dans le rôle-titre.La nouvelle production échoit à un relatif outsider de la mise en scène, Jean-Baptiste Sastre, mais fait appel à un des grands acteurs du théâtre public, Denis Podalydès.Etonnamment, le sociétaire de la Comédie-Française aborde ici, à 47 ans, son premier Shakespeare. Pas n'importe lequel: Richard II, qui devra céder sa couronne et son sceptre à son rival et cousin Bullingbrook. Une humiliation et bientôt une libération pour ce "roi non roi" (dixit Shakespeare) qui réfléchit à haute voix sur la vanité du pouvoir, dont il a pourtant usé sans vergogne.Denis Podalydès a l'épaisseur idoine pour rendre justice au personnage. Son intonation malicieuse et sa virtuosité de grand Comédien-Français ne sont pas de trop pour servir ce phraseur vaniteux et touchant à la fois. Parfois, notamment quand on l'entend chantonner "Le beau Danube bleu" en parcourant avec rapidité la longue et large poutre qui barre une partie du plateau, on se dit que l'acteur tire beaucoup sur la corde bouffe. Mais après tout, Richard II "voudrait être un roi pour rire"...Jean-Baptiste Sastre a entouré son acteur vedette de comédiens solides (le Bullingbrook de Vincent Dissez, la Reine de Nathalie Richard, Bruno Sermonne en Jean de Gaunt...). Il a également su solliciter des collaborations originales. Ainsi, la pièce est donnée dans une nouvelle traduction en français de Frédéric Boyer, qui vient de paraître chez P.O.L, chargée d'une langue vive, nerveuse, dont la modernité ("pauvre type", "minable"...) ne semble jamais trahir Shakespeare. Plutôt que de décorer la Cour, la plasticien Sarkis projette sur ses hauts murs des images qui forment comme un calque légèrement décalé, source de visions subtilement floutées, presque fantomatiques.Quelques effets sonores agressifs entre les tableaux, des scènes un peu surjouées peuvent lasser. Jean-Baptiste Sastre s'attire quelques huées, mais réussit globalement son pari: faire résonner à nouveau en 2010, dans sa complexité, le politico-mystique "Richard II" chez les Papes d'Avignon.Le spectacle sera donné six autres fois jusqu'au 27 juillet -- la représentation du 23 sera diffusée en direct sur France 2 (à partir de 22h00) -- avant une tournée française début 2011.

 

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