Décès de l'écrivain Jorge Semprun, grand témoin de la fureur du siècle

0 21.11.2011 09:59

Résistant, déporté, dirigeant clandestin du Parti communiste espagnol, immense écrivain et ministre, l'auteur espagnol Jorge Semprun, dont les livres majeurs sont écrits en français, s'est éteint mardi soir à Paris à 87 ans, suscitant une grande émotion en France et en Espagne.Témoin des grandes déchirures politiques du XXe siècle, il en a tiré une oeuvre magnifique en littérature et au cinéma. Jorge Semprun s'est éteint "très paisiblement" à son domicile parisien, a indiqué son petit-fils Thomas Landman.L'enterrement de l'écrivain se déroulera dimanche ou lundi prochain en France, où il a vécu quasiment toute sa vie, dans le petit village de Garentreville (Seine-et-Marne), où il possédait une maison de campagne et où son épouse est inhumée, a précisé mercredi à l'AFP M. Landman.Avant ces obsèques "dans la plus stricte intimité familiale", un hommage lui sera rendu au Lycée Henri IV à Paris, a-t-il ajouté.Ministre espagnol de la Culture, au sein du gouvernement socialiste de Felipe Gonzalez de 1988 à 1991, Jorge Semprun s'était exilé avec sa famille dès le début de la guerre civile espagnole (1936-39).L'écrivain "est déjà inscrit dans l'histoire comme l'un des plus grands démocrates d'Europe et d'Espagne", a déclaré le chef du gouvernement espagnol, José Luis Rodriguez Zapatero.Le président Nicolas Sarkozy a salué cette "figure tutélaire parmi les écrivains engagés du XXe siècle". Jorge Semprun a apporté une contribution "décisive" à "la compréhension des ressorts des totalitarismes", a-t-il souligné.Le ministre de la Culture, Frédéric Mitterrand, a aussi rendu hommage à cet écrivain "majeur" qui avait "choisi la langue française comme seconde patrie".L'émotion était aussi très vive parmi les écrivains et cinéastes."Nous allons être nombreux à ressentir la perte de Semprun, les Espagnols, les Français, l'Europe en laquelle il croyait", écrit dans le journal El Pais le prix Nobel péruvien de littérature Mario Vargas Llosa."Il a été un magnifique écrivain", un "acteur des grands bouleversements historiques du XXe siècle", poursuit-il.Jorge Semprun "ne se posait pas trop de questions sur ces histoires de langue, et j'ai toujours vu en lui un très grand écrivain français", a confié à l'AFP l'auteur franco-marocain Tahar Ben Jelloun, très ému par la mort du romancier espagnol, avec lequel il siégeait à l'Académie Goncourt, et qui écrit lui aussi en français.Le romancier Erik Orsenna a regretté le départ d'un "grand frère en même temps qu'un grand d'Espagne".Jorge Semprun "était un homme d'une parfaite honnêteté intellectuelle, d'une grande douceur aussi et d'une grande honnêteté dans la vie, le quotidien, sur la politique et sur l'art", a déclaré le cinéaste Costa-Gavras à l'AFP.L'écrivain espagnol avait été l'adaptateur et le dialoguiste des films "Z" (1969) et "L'aveu" (1970) du réalisateur français d'origine grecque, ainsi que le complice au cinéma d'Yves Montand.Né le 10 décembre 1923 à Madrid dans une famille bourgeoise aux valeurs républicaines profondément ancrées, Semprun rencontre l'exil dès l'enfance. Son père, avocat républicain, pour lui un "exemple moral", quitte l'Espagne dès 1936 par "fidélité à ses idées", avec ses sept enfants. D'abord pour les Pays-Bas, puis la France.La chute de Madrid tombée aux mains des franquistes, en mars 1939, insuffle à Jorge Semprun, alors à Paris, la conviction d'être à tout jamais "rouge espagnol".Avec la Seconde guerre mondiale, il s'engage dans la Résistance. Mais en septembre 1943, à 19 ans, il est arrêté par la Gestapo et déporté à Buchenwald.A la libération du camp, en avril 1945, il choisit "l'amnésie délibérée pour survivre". Il rompra ce silence en 1963 avec son premier récit, "Le grand voyage", et reviendra sur cette expérience douloureuse en 1994 dans "L'écriture ou la vie" et en 2001 dans "La mort qu'il faut".Après quelques années comme traducteur à l'UNESCO, il repart pour l'Espagne où il coordonne l'action clandestine du Parti communiste espagnol, sous le pseudonyme de Federico Sanchez. Mais en 1964, le chef du PCE, Santiago Carrillo, l'exclut du parti pour "déviationnisme".Il se consacre alors à l'écriture, en espagnol mais surtout en français. En 1969, son roman "La deuxième mort de Ramon Mercader" obtient le prix Femina.

 

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