Dans les cités sensibles de Marseille, la recrudescence des armes fait peur

0 21.11.2011 10:05

A Marseille, où au moins 12 personnes ont été tuées à l'arme de guerre depuis janvier dans les quartiers sensibles, policiers, procureur, habitants et éducateurs de ces cités s'inquiètent de la facilité à se procurer des armes et de leur usage irraisonné."Kalachnikov, fusil à pompe, M16, lance-roquette, Uzi, grenade, on trouve de tout aujourd'hui sans problème à Marseille", relate à l'AFP F., 27 ans, habitant de la Rougière (quartiers sud).Pour une kalachnikov, les estimations varient: 150 euros pour un syndicaliste policier, de 300 à 500 plus les munitions pour le procureur de la République Jacques Dallest, 1.500 pour un enquêteur en opération au Clos La Rose (quartiers nord), 1.200 pour un ancien petit trafiquant."Mais pour 400 euros vous avez un fusil à pompe, les grenades c'est encore moins cher", autour de 100 euros, raconte ce dernier. "Avant on réglait les conflits avec les poings, comme des hommes, maintenant pour rien, un regard de travers, une insulte, la réponse c'est +je vais te tuer+", ajoute-t-il."Des tentatives d'homicide par arme à feu, il y en a eu une quarantaine depuis le début de l'année à Marseille. Je ne parle pas de tirs d'intimidation à longue distance mais de gens touchés à bout portant dans une partie vitale du corps et qui ne sont pas morts", a indiqué le procureur.Des agressions armées qui ne se limitent plus aux trafics ou au grand banditisme."On a des passages à l'acte débiles", par exemple pour "une histoire de morsure de chiens", a relaté le procureur, qui précise que depuis l'assassinat d'un jeune de 16 ans le 19 novembre au Clos La Rose, "trois tentatives d'homicides" ont eu lieu à Marseille. Deux personnes ont été blessées à la tête, l'une "par un tir de 22 Long Rifle" et l'autre par "un tir de fusil à pompe à balle Breneck, la balle à sanglier", a-t-il détaillé, jugeant ces personnes "miraculées".Pour lui, "ce n'est pas 12 mais 50 morts que nous aurions pu avoir".En cause, ces armes trop vite dégainées, trop facilement acquises: "C'est une mode. Jusqu'à il y a peu, avoir une arme suffisait, maintenant il faut s'en servir", explique S., familier de la cité des Néréides (quartiers sud).Selon un enquêteur, cette prolifération bouleverse la hiérarchie au sein des trafiquants: "on n'a plus affaire à des voyous chevronnés qui font autorité mais à des jeunes qui se battent pour le commerce florissant de la drogue. Très tôt armés, ils utilisent leur flingue pour gérer toutes leurs affaires, y compris domestiques ou amicales".Les armes proviennent notamment d'ex-Yougoslavie et des Balkans via l'Italie.En janvier 2007, 200 armes dont 54 kalachnikov, des fusils de chasse, des pistolets mitrailleurs et 350 kilos de munitions avaient été saisies à Toulon. Le principal trafiquant, un retraité de l'armée croate et de la Légion étrangère, avait commencé à revendre ses produits."C'est le fournisseur typique ici", a commenté une enquêtrice.Des armes très recherchées lors de la série "d'opérations coup de poing" de ces dernières semaines. Au total, dans les "1.300 halls d'immeuble et caves passés au peigne fin" et les "5.500 véhicules contrôlés", 49 armes ont été saisies.Un bilan qui ne semble pas apaiser la peur des habitants. Au Clos La Rose, où aucune arme n'a été saisie lors de l'opération du 24 novembre, une habitante glissait à l'AFP qu'elles avaient été déplacées à Val-Plan, la cité voisine. Des collégiennes ironisaient sur la fouille des caves."Les trafiquants choisissent une mère en galère, calme et discrète, ils lui versent un salaire et elle garde tout chez elle", racontaient-elles.

 

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