Côte d'Ivoire: la médiation africaine se donne du temps en pleine crise

0 18.11.2011 09:15

L'Union africaine s'est donnée mardi un mois de plus pour tenter de dénouer la crise en Côte d'Ivoire, où la situation s'est brutalement aggravée ces derniers jours avec des affrontements meurtriers dans Abidjan.Le panel de cinq chefs d'Etat désigné par l'Union africaine (UA) doit désormais "parachever" sa mission "au cours du mois de mars" pour tenter de résoudre la crise née de la présidentielle du 28 novembre entre le président sortant Laurent Gbagbo et Alassane Ouattara, reconnu chef de l'Etat par la communauté internationale.Il devait au départ arrêter fin février des solutions "contraignantes".Présidé par le chef de l'Etat mauritanien Mohamed Ould Abdel Aziz, le groupe s'était rendu - à l'exception du Burkinabè Blaise Compaoré, accusé par le camp Gbagbo de soutenir son rival - à Abidjan du 21 au 23 février. Il doit se réunir de nouveau à Nouakchott vendredi.Ce délai sonne comme l'aveu d'une impasse politico-diplomatique, alors que la semaine dernière le quartier pro-Ouattara d'Abobo, dans le nord d'Abidjan, a été le théâtre de combats sanglants entre Forces de défense et de sécurité (FDS) loyales au président sortant et insurgés armés, accusés par le camp Gbagbo d'appartenir à l'ex-rébellion du nord ivoirien alliée à M. Ouattara.Abobo était cependant calme depuis dimanche. "La nuit a été tranquille", a déclaré un habitant mardi.Mais la situation demeurait préoccupante après plusieurs jours d'exode de milliers de familles terrifiées par les combats à l'arme lourde.Certains quartiers d'Abobo (environ 1,5 million d'habitants) "se vident littéralement de leur population", a souligné le coordinateur humanitaire des Nations unies, Ndolamb Ngokwey."Certaines informations font état d’un grand nombre de corps sans vie, de bus réduits en cendres, de magasins pillés et de jeunes miliciens qui attaquent les maisons", a déclaré le Haut commissariat aux réfugiés (HCR).L'agence onusienne s'est inquiétée du sort de civils "pris au piège", citant des témoignages selon lesquels "des groupes armés auraient empêché" des habitants de partir.Médecins sans frontières (MSF) a évoqué une "situation sanitaire inquiétante", avec le risque de voir se répandre des maladies comme le choléra et "des problèmes d'approvisionnement en médicaments" pour cause de crise bancaire.Si les armes se sont tues pour l'heure à Abobo, à Abidjan la tension restait vive. Ainsi à Koumassi (sud) où des tirs nourris ont retenti durant la nuit, des jeunes pro-Gbagbo, certains armés de gourdins, tenaient mardi de nombreux barrages et fouillaient les coffres des voitures.A Adjamé (nord), des jeunes pro-Ouattara étaient sortis tôt pour brûler des pneus dans des rues, avant de se disperser à l'arrivée des FDS.Le nord du pays, aux mains de l'ex-rébellion, était privé de courant depuis lundi. Mis en cause par la Compagnie ivoirienne d'électricité (CIE), le gouvernement Gbagbo a dit "optimiser l'utilisation du potentiel électrique actuel en fonction de ses priorités" et souligné que les coupures ne concernaient pas toujours le nord.La bataille Gbagbo-Ouattara se livrait aussi sur le terrain médiatique.Accusant le camp adverse de "menaces" et de "harcèlement judiciaire et policier", huit journaux pro-Ouattara - dont les titres-phares Le Patriote, Nord-Sud et Le Nouveau Réveil - ont suspendu mardi leur parution "jusqu'à nouvel ordre"."Nos journalistes sont en danger de mort permanent", a affirmé le collectif.Le conflit autour des médias a déjà connu un développement spectaculaire avec la coupure, durant la journée de dimanche, du signal hertzien de la télévision publique RTI, pilier du régime Gbagbo. Le centre émetteur avait été endommagé lors des combats entre FDS et insurgés.L'organisation Reporters sans frontières (RSF) s'est dite "chaque jour plus inquiète pour la situation de la liberté de la presse" dans le pays.

 

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