Cinq ans après les émeutes, les plaies peinent à cicatriser en banlieue

0 18.11.2011 09:45

Cinq ans après les émeutes sans précédent qui ont embrasé la France pendant trois semaines, les banlieues se sentent toujours négligées, la justice ne s'est pas encore prononcée sur la mort de Zyed et Bouna et les tensions persistent entre jeunes et forces de l'ordre.Les communes périphériques sont en "situation de crise", ont constaté mi-octobre, 120 de leurs élus, réunis derrière Claude Dilain, maire PS de Clichy-sous-Bois, où la mort des deux adolescents, dans un transformateur EDF, après une course-poursuite avec la police, a déclenché une vague de violences, le 27 octobre 2005.Se disant acculés à un "mur (...) d'incompréhension, d'incompétence ou de mauvaise volonté politique?", les édiles, toute tendance confondue, ont lancé un appel au Premier ministre pour des "Accords de Matignon" sur la politique de la Ville.C'est que, cinq ans après l'électrocution de Zyed Benna, 17 ans, et Bouna Traoré, 15 ans, les véhicules incendiés, le couvre feu et l'état d'urgence, le deuil n'est pas fait et toutes les leçons n'ont pas été tirées.Il y a bien eu des avancées, à Clichy-sous-Bois : la rénovation urbaine d'abord, avec plus de 1.500 logements démolis et 1.600 reconstruits. Un commissariat de police, hautement symbolique, a également ouvert début octobre, et un nouveau gymnase inauguré en lieu et place de celui qui avait brûlé pendant les nuits de violence.Surtout, le dynamisme des élus Claude Dilain et Xavier Lemoine, son homologue UMP de Montfermeil, ne se dément pas, comme en témoigne leur projet d'exporter le concept de la Villa Médicis dans une tour du quartier promise à la démolition.Mais si "beaucoup de choses ont changé", en bien, à Clichy-sous-Bois, "je sens que la colère se déplace", nuance M. Dilain qui s'inquiète de voir s'installer un "refus de la République", dans un entretien à l'AFP.La prochaine fois, "si (les habitants) manifestent leur colère, ils ne le feront pas en brûlant leur voiture", estime l'élu qui redoute un "repli identitaire ostentatoire".La lenteur du processus judiciaire n'aide pas non plus à tourner la page.Cinq ans après les faits, les juges viennent tout juste de décider que les deux policiers, qui avaient pris en chasse Zyed et Bouna, seraient jugés, mais le parquet de Bobigny a interjeté appel de cette décision lundi.Suscitant le désarroi et des appels au calme, il avait requis mi-septembre un non-lieu pour les deux policiers mis en examen pour non-assistance à personne en danger.Michel Marcus, délégué général au Forum français de la sécurité urbaine (FFSU) estimait récemment "incompréhensible" que la justice n'ait pas encore fait la lumière sur la fin tragique des deux jeunes."On aurait dû avoir des jugements depuis longtemps", déplorait le magistrat.Au coeur de ce drame, la défiance mutuelle des jeunes et de police, dont les relations ne se sont guère amélioré en cinq ans, malgré des initiatives comme la création des Unité territoriales de quartier (UTeQ), aujourd'hui remplacées par des Brigades spécialisées de terrain (BST)."Il y a toujours autant de provocation de la part des flics", dénonce Fariz, 21 ans, proche de Zyed et Bouna.Aujourd'hui assistant d'éducation dans un collège, l'étudiant a raconté à l'AFP une arrestation récente sur la Nationale 3 : "devant tout le monde, gratuitement, ils m'ont fouillé, fouillé ma voiture, puis m'ont laissé partir sans me demander mes papiers".

 

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