Changements climatiques: l'Egypte revisitée par la géoarchéologie

0 21.11.2011 09:42

Les temples de Karnak, sur une rive du Nil, étaient peut-être autrefois entourés d'eau. Des corps d'insectes attestent d'antiques vergers dans des déserts de Moyenne-Egypte. Les anciens Egyptiens ont dû faire face à des phénomènes rappelant le changement climatique actuel.L'archéologie en Egypte, dominée depuis deux siècles par une tradition classique, cherche désormais dans l'interaction entre l'homme et son environnement -la géoarchéologie- à mieux connaître les adaptations passées face à la nature, pour tenter d'en tirer des leçons pour l'avenir.Cette approche a été mise en exergue dans un colloque sur "l'archéologie du paysage", le premier du genre en Egypte, réunissant au Caire près de 200 chercheurs (archéologues, géographes, historiens, géologues, paléobotanistes...) de 25 pays, qui s'achève mardi."La tradition égyptologique doit s'adapter aux nouvelles approches" comme "la reconstitution des paysages dans lesquels les gens ont évolué", estime Yann Tristant, de l'Institut français d'archéologie orientale (IFAO), organisateur du colloque avec le Centre national de la recherche scientifique (CNRS) français et le Conseil suprême des antiquités (CSA) égyptien.Les monuments pharaoniques sont notamment revisités pour voir comment leurs bâtisseurs ont intégré les risques naturels: tremblements de terre, inondations ou pluies torrentielles dues -déjà- à des changements climatiques."Des études spéciales d'architecture historique et des recherches sur l'environnement apportent des indications majeures sur les risques naturels, en termes de solutions, de destructions ou d'évolution du paysage", affirment Matthieu Ghilardi et Pierre Zignani, du CNRS.Une étude du CNRS et du CSA fondée notamment sur des datations au carbone 14 de prélèvements en sous-sol relance l'hypothèse selon laquelle les célèbres temples de Karnak, sur la rive orientale du Nil, ont été autrefois entourés d'eau totalement ou partiellement.Plus au nord, le delta du Nil fait l'objet d'une attention particulière pour connaître l'impact des caprices des méandres du fleuve et des fluctuations du littoral à travers les âges sur les populations.La géoarchéologie veut en tirer des enseignements actuels, à l'heure où le réchauffement climatique est accusé d'aggraver l'érosion de la côte et le recul des terres fertiles du delta, menaçant d'exode des millions de personnes d'ici à la fin du siècle."Pendant 3.000 ans, des générations ont subi dans cette région des inondations, des tsunamis, des tremblements de terre, des effondrements de terrain, mais ont réussi non seulement à survivre, mais à créer l'une des plus formidables civilisations", souligne Yahia Shawkat, de l'université américaine du Caire."En comprenant mieux comment des sociétés anciennes se sont adaptées à cet environnement, nous pourrons mieux nous préparer aux défis actuels et futurs qui menacent le delta", souligne-t-il.Un autre thème de recherche concerne les campagnes militaires des pharaons Touthmôsis III et Ramsès II en Syrie, pour voir comment ces hommes habitués aux difficultés du Nil ont abordé des fleuves très différents, comme l'Euphrate.Comment ont-ils "appréhendé et géré un paysage neuf tout en étant si éloignés de la vallée du Nil?", interroge Pierre Peeters, de l'université catholique de Louvain (Belgique).Hautement symbolique, une autre étude fondée sur l'étude de sédiments au pied Sphinx de Guizeh, s'interroge sur sa longévité face à une érosion climatique qui le fait rétrécir de 0,066 millimètre par an."La tête du Sphinx va-t-elle tomber au cours de ce siècle?", s'inquiète Mahmoud Abdel Momeim, de l'université Ain Shams du Caire.

 

Connexion utilisateur
Vous pouvez vous connecter avec votre compte facebook.
Vous pouvez vous connecter soit avec votre nom d'utilisateur assigné, soit avec votre adresse e-mail.
Le champ mot de passe est sensible à la casse.