Cambodge: quatre ex-Khmers rouges renvoyés devant une cour pour génocide

0 21.11.2011 09:56

Un nouveau chapitre de l'histoire du Cambodge s'est ouvert jeudi avec le renvoi devant le tribunal international de Phnom Penh de quatre ex-dirigeants du régime des Khmers rouges (1975-79), poursuivis pour génocide, crimes contre l'humanité et crimes de guerre.La date du procès n'a pas été précisée mais le début de l'audience, qui doit durer des mois, est en principe prévu pour 2011, soit 32 ans après la chute du régime ultracommuniste, alors que l'âge avancé et la santé fragile des accusés font craindre que certains ne meurent avant de répondre de leurs actes.L'idéologue du régime totalitaire de Pol Pot ou "Frère Numéro Deux", Nuon Chea, et son ministre des Affaires étrangères ou "Frère Numéro Trois", Ieng Sary, devront s'expliquer sur la mort de quelque deux millions de personnes.Khieu Samphan, président du "Kampuchéa démocratique", et Ieng Thirith, ministre des Affaires sociales, seront à leurs côtés. La cour a décidé "de faire comparaître les quatre accusés", a indiqué le juge You Bunleng dans une conférence de presse.Pol Pot, "Frère Numéro Un", est décédé en 1998.Les accusés sont détenus dans une prison attenante au tribunal depuis 2007 et nient leur implication dans la famine, les travaux forcés, les tortures et les massacres qui ont décimé leur peuple au nom d'une utopie marxiste délirante.Dans le documentaire d'un journaliste cambodgien ("Enemies of the People"), Nuon Chea a pourtant admis que le régime avait massacré les "traîtres" qui n'avaient pu être "rééduqués" ni "corrigés"."Ces gens étaient considérés comme des criminels (...). Ils ont été tués et éliminés. Si nous les avions laissés vivre, la ligne du parti aurait été compromise. Ils étaient des ennemis du peuple", explique l'idéologue dans le film. Il n'a jamais réitéré ces aveux devant des magistrats.Le procès "est ce que nous attendions depuis plus de 30 ans", s'est réjoui Reach Sambath, porte-parole du tribunal, estimant que le procès "pouvait faire partie du processus de guérison" d'un pays traumatisé.Entre 1975 et 1979, un quart de la population du Cambodge a disparu. Si le terme de génocide est communément utilisé pour évoquer la période, les massacres commis contre la population khmère ne sont eux-mêmes pas assimilables à un génocide selon l'ONU.Ce chef d'accusation ne concerne donc que le massacre des Vietnamiens et de la minorité ethnique des Chams musulmans. De 100.000 à 400.000 Chams ont été tués, selon les historiens. Mais aucune estimation précise du nombre de victimes vietnamiennes n'est disponible.Ce procès n'est que le deuxième organisé par le tribunal, structure hybride mélangeant droits cambodgien et international, constamment entravée par des conflits ainsi que par des soupçons d'ingérence du gouvernement de Phnom Penh et de corruption.En juillet, Kaing Guek Eav, alias "Douch", patron de la prison de Tuol Sleng à Phnom Penh où quelque 15.000 personnes avaient été torturées avant d'être exécutées, a été condamné à 30 ans de prison pour crimes de guerre et crimes contre l'humanité. Défense et accusation ont fait appel.Le juge d'instruction Marcel Lemonde, qui a présenté sa démission jeudi après avoir bouclé l'enquête sur les quatre nouveaux accusés, a justifié la lenteur de la procédure par sa complexité. Beaucoup des 350.000 pages du dossier éminemment politique ont été traduites en anglais, français et cambodgien.Cinq autres individus sont visés par des enquêtes du tribunal. Le Premier ministre Hun Sen, lui même ancien Khmer rouge, a cependant répété qu'il s'opposerait à ce qu'elles aboutissent.

 

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