Bioéthique: le "bébé-médicament" suscite l'espoir mais ravive les polémiques

0 21.11.2011 09:36

La naissance en France d'un "bébé du double espoir" - ou "bébé-médicament" - a ravivé la polémique entre chercheurs, qui mettent en avant l'espoir que représente cette première pour les couples en souffrance, et certains milieux catholiques, qui crient à "l'instrumentalisation" de l'être humain.L'annonce de la naissance du petit Umut-Talha (en turc "notre espoir"), le 26 janvier, intervient alors même que la révision des lois de bioéthique, qui a débuté au Parlement mardi, suscite la mobilisation de part et d'autre.Une loi jugée "déjà rétrograde" par le professeur François Olivennes, spécialiste des troubles de la fertilité, qui a dénoncé sur Europe 1 "les "lobbys chrétiens et catholiques" qui tentent "d'imposer leurs vues sur l'embryon", faisant peser une menace sur la fécondation in vitro.Comme le professeur René Frydman, à l'origine de cette première française, il s'inquiète d'amendements qui proposent de limiter le nombre d'embryons à trois, ce qui ne permettrait plus d'autres naissances de "bébé-médicaments".Cela "réduirait de façon majeure les chances de grossesses pour deux tiers des troubles stériles", met-il en garde. Une loi similaire votée en Italie en 2004, surnommée "loi Vatican", a "quasiment mis un coup d'arrêt à la fécondation in vitro en Italie", a rappelé le gynécologue obstétricien.Tout en saluant le "prodige" de cette naissance, le cardinal André Vingt-Trois, président de la Conférence des évêques de France s'est déclaré "tout à fait opposé" à la conception de "bébés-médicaments". Même dénonciation d'"instrumentalisation de la personne", de la part de Christine Boutin, présidente du Parti chrétien-démocrate (PCD). "On a franchi un pas excessivement grave. Avec un tel +progrès+, l'homme devient un objet de consommation et un matériau", a-t-elle lancé."L'Eglise a toujours eu beaucoup d'inquiétudes à mon avis mal placées depuis la contraception, le préservatif", a répondu le professeur Frydman."Il s'agit d'un couple qui veut un enfant, qui a déjà été terriblement marqué par le destin et c'est la seule solution que nous avons à leur offrir d'agrandir leur famille et d'avoir le bonheur", a-t-il expliqué.Les parents ont en effet souhaité le transfert des deux embryons obtenus après la procédure de double diagnostic préimplantatoire (double DPI ou DPI HLA compatible) "Il y avait deux embryons indemnes de maladie dont un seul compatible et les parents ont demandé qu'on transfère les deux. Seul l'embryon compatible s'est développé à terme, l'autre a disparu, comme cela arrive parfois", a souligné le professeur Frydman."Le désir d'enfant des parents est bien sûr au premier plan", a renchéri le Dr Julie Stéphann, bras du Pr Arnold Munnich (Necker) qui a contribué à cette naissance."La soeur ainée, d'à peine 3 ans, va pouvoir bénéficier d'une greffe de moelle avec le sang de cordon ombilical", selon le Dr Nelly Achour-Frydman. Elle pourra éviter les transfusions mensuelles nécessaires à sa survie et les complications. Réclamant que "l'on quitte la suspicion" qui entoure cette discipline de l'assistance médicale à la procréation, le Pr Frydman a déploré aussi "le maquis de précautions sur le plan législatif" qui contribue au retard français dans ce domaine.Car au-delà de cette naissance pour l'instant exceptionnelle, le diagnostic préimplantatoire (DPI), après fécondation in vitro sert simplement à détecter des maladies extrêmement graves afin de permettre aux parents d'espérer un bébé qui en soit indemne.

 

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