Ben Ali a quitté la Tunisie, le Premier ministre assure l'intérim

0 21.11.2011 09:32

Journée historique en Tunisie: le président Zine El Abidine Ben Ali, a fui vendredi son pays, après 23 ans de règne sans partage, devenant ainsi le premier dirigeant d'un pays arabe à quitter le pouvoir sous la pression de la rue. Il s'est envolé de Tunis pour une destination inconnue au terme d'un mois d'une contestation populaire, que les Tunisiens ont eux-mêmes baptisée "Révolution du jasmin", et qui a été réprimée dans le sang au prix de plusieurs dizaines de morts.Un avion civil en provenance de Tunisie a atterri vendredi soir à Cagliari en Sardaigne (sud de l'Italie) pour faire le plein de carburant mais ses passagers ne sont pas clairement identifiés, a appris l'AFP de sources gouvernementales.Les personnes à bord ne sont pas sorties et se sont uniquement présentées comme "deux pilotes et une hôtesse", a-t-on indiqué de mêmes sources. Les autorités italiennes ont intimé l'ordre à l'appareil de repartir dès que le plein de carburant aura été effectué, selon ces sources qui ont dit "ne pas savoir si le président tunisien Ben Ali était à bord ou non". Mohammed Ghannouchi, Premier ministre sortant, a annoncé dans la soirée à la télévision qu'il assurait l'intérim de la présidence jusqu'à nouvel ordre. Il a précisé qu'il assumait ces fonctions de président par intérim en vertu d'un décret signé par son prédécesseur Zine El Abidine Ben Ali avant son départ du pays.Sur un ton grave, il a aussitôt lancé un appel à l'unité: "j'appelle les Tunisiens toutes sensibilités politiques et régionales confondues à faire preuve de patriotisme et d'unité". Il s'est également engagé à respecter la Constitution."C'est le premier chef d'Etat arabe amené à fuir le pouvoir sous la pression populaire", a indiqué Zaki Laidi, directeur de recherches à l'Institut d'études politiques de Paris, sur la chaîne de télévision d'informations France 24."C'est quand même un événement colossal dans une région du monde qui se caractérise par une longévité non démocratique des régimes, qui n'a aucun équivalent dans le monde", a-t-il souligné.Le pays de destination du président sortant, âgé de 74 ans, n'était pas immédiatement connu. Mais son avion a survolé peu avant 19H00 GMT l'espace aérien maltais "en direction du Nord", a indiqué à l'AFP un porte-parole du gouvernement.L'Elysée n'a "aucune information" qui "atteste, à ce stade" de la venue de Ben Ali en France, a indiqué la présidence française.Mais selon une source proche du gouvernement, la France "ne souhaite pas" la venue sur son sol du président tunisien", expliquant notamment cette position par le risque de mécontentement de la communauté tunisienne dans l'ancienne puissance coloniale.Paris a pris "acte de la transition constitutionnelle" en Tunisie. Le président Barack Obama a salué le "courage et la dignité" du peuple tunisien et appelé le gouvernement à organiser des élections "libres et justes" dans "un proche avenir", tandis que l'Union européenne se prononçait pour une solution démocratique "durable".En France, des Tunisiens se sont rassemblés pour laisser éclater une joie teintée de prudence: "Il était temps", "Enfin!", "C'est tout le système qui doit partir".Au Caire, des dizaines d'Egyptiens ont rejoint un groupe de Tunisiens qui célébraient le départ de Ben Ali, appelant l'Egypte à suivre l'exemple de la Tunisie.A Tunis, sous couvre-feu, des tirs d'armes automatiques ont résonné en début soirée avant de cesser totalement vers 22H00 GMT. Les habitants étaient cloîtrés chez eux dans une ville quasiment déserte et silencieuse.Depuis jeudi, le président Ben Ali multipliait, sans succès, les annonces pour tenter de mettre un terme à un mois d'émeutes et de manifestations, violemment réprimées par les services de sécurité.Des dizaines de personnes ont été tuées, suscitant les vives inquiétudes de la communauté internationale.Les manifestants exigeaient toujours le départ immédiat de Ben Ali, ne se satisfaisant pas de ses promesses, formulées jeudi soir, de quitter le pouvoir au terme de son mandat en 2014.Et vendredi, les choses se sont accélérées.Le gouvernement a décrété l'état d'urgence dans l'ensemble du pays avec un couvre-feu de 18H00 à 06H00 du matin, l'interdiction des rassemblements sur la voie publique et l'autorisation donnée à l'armée et à la police de tirer sur tout "suspect" refusant d'obéir aux ordres.Un peu plus tôt, le Premier ministre Mohammed Ghannouchi, cité par l'agence officielle TAP, avait indiqué que le président Ben Ali avait décidé "dans le cadre de mesures (d'apaisement) annoncées jeudi, de limoger le gouvernement et d'appeler à des élections législatives anticipées dans six mois". Mais ces annonces n'ont pas altéré la détermination des manifestants.De violents heurts se sont produits dans l'après-midi entre manifestants et policiers anti-émeutes pendant lesquels un photographe français a été blessé à la tête par un tir de grenade lacrymogène.Les principaux partis d'opposition tunisiens, légaux comme interdits, avaient demandé vendredi "le départ de Ben Ali et l'instauration d'un gouvernement provisoire chargé dans les six mois d'organiser des élections libres" dans une déclaration commune publiée à Paris.La révolte contre le pouvoir avait débuté après le suicide mi-décembre de Mohamed Bouazizi, un des nombreux diplômés chômeurs du pays, empêché d'exercer comme marchand ambulant par les forces de l'ordre. Les émeutes ont progressivement pris un tour politique, se sont étendues à tout le pays et gagné la capitale.

 

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