Aux portes de Paris, "scènes de guérilla urbaine"

0 21.11.2011 10:33

Voitures en flammes, abribus détruits, tirs de balles en caoutchouc et nappes de gaz lacrymogènes: à Nanterre, la mobilisation contre la réforme des retraites au lycée Joliot-Curie, souvent en pointe dans les mouvements sociaux, a viré lundi à l'affrontement entre jeunes et policiers.Le préfet Patrick Strzoda a évoqué "des scènes de guérilla urbaine initiées par 250 casseurs, et non des lycéens, qui ont agressé violemment les forces de l'ordre", sans blesser personne.Vers 08H00, peu avant les cours, plusieurs centaines de jeunes se massent devant les grilles gardées par des médiateurs, deux élus locaux, des professeurs, des parents, et 15 gendarmes mobiles lourdement équipés.Les enseignants tentent d'écarter des jeunes encagoulés qui essaient de forcer le passage, mais ils doivent finalement fermer les grilles."On avait réussi à temporiser mais là, nous sommes complètement dépassés, c'est du jamais vu à Nanterre", se désole Jean-François Voisin, directeur de la tranquillité publique à la mairie.Les forces de l'ordre se replient sous les pierres et les insultes, alors que des adultes essaient de s'interposer sur l'avenue Joliot-Curie coupée à la circulation.La situation dégénère: une soixantaine de gendarmes, casqués et boucliers levés, font face aux manifestants qui enflamment des poubelles et hurlent: "Police, on t'encule"."On est un mouvement pacifique, mais ils nous ont provoqués. Comment on devrait réagir?", tente de justifier Adrien, dont seuls les yeux bleus irrités par les gaz dépassent de sa cagoule.Des panneaux de signalisation arrachés servent de massue pour défoncer le reste du mobilier urbain: cabines téléphoniques, abribus, barrières de chantier, tout y passe.Une première voiture est renversée au milieu de l'avenue. Incendiée, elle explose rapidement. Cinq autres véhicules finiront dans les flammes et une fumée noire pestilentielle.Le face-à-face dure toute la matinée. Mètre par mètre, les forces de l'ordre reprennent l'avenue en tentant d'éviter le contact direct. Plusieurs dizaines de grenades lacrymogènes et quelques tirs de balles en caoutchouc retentissent.Sarah, en classe de première, dit avoir été touchée par une balle en caoutchouc et exhibe fièrement un hématome au mollet récolté après une énième charge policière, lorsque "les condés tiraient sur tout le monde!"Les jeunes bifurquent sur l'avenue Pablo Picasso menant à la cité éponyme, provoquant l'inquiétude car la sortie des classes maternelles et primaires approche. Une vingtaine de tout-petits seront coincés jusqu'en début d'après-midi au proche théâtre des Amandiers, où ils assistaient à un spectacle.Au bord de la route, des lycéens se racontent leurs exploits d'une voix surexcitée, d'autres filment l'affrontement avec leurs téléphones portables.Peu avant midi, une vieille dame en tchador arrive en hurlant: c'est sa voiture qui se consume au milieu de l'avenue Picasso. Ses hurlements calment les plus excités. Samy, 15 ans, "dégoûté" par la scène, s'énerve: "C'est vraiment des sauvages. Ils crament des voitures de gens qui n'ont rien à voir avec tout ça".Vers 12H30, le calme revient. Les jeunes se dispersent lentement, laissant derrière eux un spectacle de désolation et des adultes médusés. Une cinquantaine de casseurs ira encore au centre commercial du quartier d'affaires voisin de la Défense, armés de barres de fer, sans faire de dégât. Au final, selon la préfecture, deux jeunes ont été interpellés.

 

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