Aux Jacobins : l’histoire d’une bataille inscrite dans les os

0 18.11.2011 09:44

L’étude livre désormais quelques clés inédites sur la bataille qui a ensanglanté la ville. À partir des données recueillies dans les neuf charniers mis au jour, Elodie Cabot, anthropologue, brosse un tableau qui laisse entrevoir le bruit et la fureur de ces deux journées au cours desquelles l’armée républicaine forte de 20 à 30 000 hommes vint à bout de la cohorte disparate des 30 à 60 000 « Vendéens » terme qui désigne les hommes et femmes venus en majorité de la région des Mauges en Maine-et-Loire. Les historiens estiment entre 2 et 5 000 le nombre de morts restés sur le pavé manceau, contre une centaine parmi les « Bleus ».« Imaginez la population face à ces corps ensanglantés qui jonchaient les rues. Il fallait les enterrer au plus vite ». Les fosses ouvertes à la hâte dans les jardins des Jacobins accueillent les dépouilles. « Les premières fosses sont recouvertes d’une épaisse couche de chaux. Ensuite, la chaux vient à manquer et on se contente de quelques seaux ». Dans la précipitation, on s’organise comme on peut. « Certaines fosses comptent une dizaine d’individus, d’autres une cinquantaine ». Il faut faire vite. Pour éviter l’épidémie et effacer les traces de la bataille.Pas toujours détroussés « L’hypothèse des corps dépouillés et jetés ne résiste pas aux premières études. Nous avons retrouvé des traces de vêtements, mais encore des objets personnels ; pièces, médailles religieuses, chapelets, couteaux… Si certains cadavres ont été détroussés, l’acte ne fut pas systématique. De même, pour des questions pratiques de gain de place, il fallait « disposer » et non « balancer » les corps dans les fosses, quitte à les enterrer tête-bêche » précise Elodie Cabot.80 individus ont été extraits de quatre charniers différents. « Nous allons en sortir 150 à 200, soit 10 % de ceux qui ont été enterrés, un bon sondage pour dresser l’anthropologie des combats ».Penchée au-dessus d’une fosse très « habitée », l’historienne désigne les traces de violences sur les ossements. Ici un crâne fendu, là, un avant-bras à moitié tranché, donnent une idée de la violence des combats. Parmi tant de squelettes, « nous avons trouvé le premier enfant de 3,4 ans, mais on ne connaît pas encore les causes de sa mort ».L’étude des lésions, leurs formes, leur nature, racontera au cours des prochains mois comment les paysans de la Virée de Galerne ont perdu la vie, fauchés par un boulet à biscayens ou par arme blanche lors d’un combat rapproché face aux hussards de Westermann. « Nous pourrons reconstituer jusqu’aux gestes des uns et des autres ». De même, l’analyse de l’ADN recueilli dans les dents donnera l’état sanitaire des combattants. Etait-ce une armée moribonde rongée par le typhus comme le soutiennent certains témoignages ? Réponse ces prochains mois.Frédérique BRÉHAUTVoir notre galerie photo sur les fouilles aux Jacobins.

 

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